‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 108 sur 341 · MAINTENON ET SES AMIS · texte numérisé non relu

MAINTENON ET SES AMIS

avait faites infructueusement au duc de Savoie avaient déjà indiqué la modification profonde qui s’opérait dans ses dispositions. Diverses causes exerçaient simultanément leur action sur son esprit et sur sa conscience. Louvois n’était plus là pour exciter perpétuellement ses passions et lui prêcher l’inflexibilité au nom de sa gloire : l'influence opposée, celle de madame de Maintenon, pesait dorenavant sans contre-poids et sans relâche. Seule, madame de Maintenon eût agi un peu mollement; sa méticuleuse prudence craignait trop de froisser le roi; mais madame de Maintenon était poussée, pressée par ses amis, dont quelques-uns agissaient d’ailleurs personnellement sur le roi : le duc de Beauvilliers surtout ‘, était en grande estime auprès de Louis, qui, l'avait fait, jeune encore, chef du conseil des finances et gouverneur du duc de Bourgogne, l'aîné des fils du dauphin. On a déjà parlé de cette espèce de ligue du bien public qui s'était formée autour de madame de Maïintenon : ce parti de la modération et des gens de bien, animé des sentiments les plus humains et les plus chrétiens, portait jusqu’à l’excès les tendances contraires à la guerre et aux conquêtes; c'était, jusqu'à un certain point, la tradition de Colbert, soutenue par ses deux gendres, Beauvilliers et Chevreuse, contre la politique de Louvois, mais la tradition de Colbert modifiée, altérée par l'esprit dévot, par la timidité des vues, par une intelligence insuffisante des intérêts d’État et du rôle de la France en Europe. La communauté de sympathie pour les souffrances populaires rattachait à ces hommes d’une vertu un peu étroite deux grands citoyens, deux guerriers philosophes, aussi bien intentionnés qu'eux et fort supérieurs en lumières, Catinat et Vauban; maïs ce n’était pas de Vauban et de Catinat que Beauvilliers, Chevreuse et madame de Maintenon elle-même recevaient l'impulsion; c'était d’un génie beaucoup plus éclatant et plus vaste, mais moins sûr, qui avançait par esprit de système les maximes qu’adoptaient ses amis par le scrupule d’une conscience timorée. Fénelon, précepteur du duc de Bourgogne depuis 1689, était l’âme de cette société, qui devenait un parti politique et qui, comme le dit franchement Fénelon dans sa correspondance avec madame de Maintenon, assiégeait le roi pour le gouverner,

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