De la maison de Saint-Aignan
« puisqu'il veut être gouverné. » Tout un ordre d'idées nouvelles se développait à l'ombre même du trône. Le moment n’est pas venu encore d'exposer l'ensemble de ces idées ni les caractères si divers du génie de Fénelon. Il n’est besoin de signaler ici que selles de ces idées qui concernaient la guerre et la politique extérieure. Ces idées étaient à la fois très-hardiment novatrices sous un rapport et rétrogrades sous un autre; ainsi la grande maxime de Fénelon : « J'aime mieux ma famille que moi-même, ma « patrie que ma famille, le genre humain que ma patrie, » si elle restait insuffisamment expliquée et définie, pouvait conduire à sacrifier les droits de la patrie à une vague philanthropie. D'une autre part, Fénelon, cherchant à fonder sur le droit les relations entre les états, n’avait pas vu poindre un autre droit que celui qui fournissait encore les formules des protocoles diplomatiques, mais que personne ne respectait ni ne pratiquait plus : suivant Fénelon, un prince qui enlevait une province à un autre prince, prenait le bien d'autrui. Fénelon, ne sortant pas du vieux droit héréditaire et féodal, considérait les provinces et leurs habitants comme les biens patrimoniaux des maisons souveraines et ne soupçonnait même pas les causes finales des existences nationales ni les droits naturels qui résultent de ces causes finales, c’est-à-dire le nouveau droit des gens que devait enfanter le principe des nationalités, et qui lutte encore pour se faire reconnaître. Il jugeait donc la politique de Louis XIV avec cette sévérité que témoigne toujours la génération nouvelle envers la génération qu’elle vient remplacer et contre laquelle elle réagit, et il était sévère tout à la fois à un point de vue philosophique et progressif et à un point de vue rétrograde.
Mécontent des ménagements que gardaient madame de Maintenon et même le duc de Beauvilliers, Fénelon employa un moyen détourné et violent pour tâcher d’émouvoir fortement le roi et de convertir chez Louis l’homme politique, de même que Maintenon avait converti l’homme privé.
Dans le courant de 1693, Louis reçut une lettre anonyme, qui, dans la pensée de l'écrivain, devait être pour le Grand Roi le Manè-Thecel-Pharès du festin de Balthazar et qui, tout au moins, retentit à l'oreille de Louis comme une terrible dissonance