BREST. DIEPPE
bué autant que personne à précipiter du trône ce malheureux monarque, mais qui, maintenant, conspirait contre Guillaume IE, non au profit de Jacques, mais au profit de la belle-sœur de Guillaume, Anne Stuart, princesse de Danemark. Cet homme, qui étale dans l’histoire un des contrastes les plus répugnants à la conscience humaine, l'association de l’immoralité et du génie, c'était Churchill de Marlborough ‘. Au reçu de cet avis, Louis XIV avait dépêché Vauban à Brest pour diriger l'emploi des formidables moyens de défense accumulés dans ce grand arsenal. Vauban
distribua dans les forts, sur les rochers et sur des barques plates, autour de la rade intérieure de Brest et de la rade extérieure de Bertheaume, trois cents canons et quatre-vingt-dix mortiers. Quatorze cents bombardiers, trois mille gentilshommes de l’arrière-ban, cinq mille soldats et plusieurs milliers de miliciens garnissaient tous les points attaquables. L’amiral Berkeley tenta néanmoins un débarquement dans la petite baie de Camaret, au sud-ouest du goulet de Brest (18 juin). A peine un millier d’Anglais eurent-ils mis pied à terre sous le feu des batteries côtières, que les soldats de marine fondirent sur eux, les culbutèrent et les rejetèrent dans la mer. Le général Talmash, commandant des troupes de débarquement, avait été mortellement blessé. Le flot se retirait : une partie des chaloupes anglaises et une frégate hollandaise restèrent échouées et furent obligées de se rendre. Deux vaisseaux anglais, dont un contre-amiral, et plusieurs transports furent coulés par les bombes françaises. La flotte alliée regagna tristement les côtes d'Angleterre.
Elle en repartit le 16 juillet et se dirigea vers la Haute-Normandie. Les 22 et 23 juillet, elle fit pleuvoir sur Dieppe un millier de bombes et de carcasses incendiaires. C’était plus facile et moins périlleux que de renouveler la descente : le succès fut meilleur. La patrie d’Ango et de Duquesne, la Dieppe du moyen age et de la renaissance, avec toutes les maisons de bois sculpté qui s’entassaient dans ses rues étroites, s’abima parmi les flammes. De là, l'ennemi se porta sur le Havre; mais l’approche moins aisée, le vent peu favorable, la nature des constructions, le Havre
1. La lettre où Marlborough révèle l'expédition à Jacques II a été publiée dans les Stuarÿs papers.
étant une ville de pierre et non une ville de bois comme Dieppe, enfin les précautions habilement prises pour empêcher l'incendie de se propager et pour faire dévier le tir des ennemis pendant la nuit, préservèrent presque entièrement le Havre (25-31 juillet). Les alliés se retirèrent de nouveau en rade de Wight, puis, le 22 septembre, ils vinrent reconnaître Dunkerque et, jugeant impossible de bombarder la ville sans avoir détruit les deux forts de la double jetée qui se prolonge si avant dans la rade, ils lancèrent contre les forts deux machines infernales pareïlles à celle qui avait failli détruire Saint-Malo. Toutes deux, écartées et ouvertes par le canon des forts, éclatèrent en rade sans aucun effet. L’ennemi alla ensuite jeter quelques bombes dans Calais, puis, la mer devenant mauvaise, il s’éloigna définitivement, après avoir échoué partout, si ce n’est à Dieppe.
Au moment où les Anglo-Bataves menaçaient en vain Dunkerque après Saint-Malo, les deux héros qu’avaient enfantés ces deux villes se signalaient par de nouveaux exploits. Jean Bart, avec six vaisseaux et deux flûtes armées, avait été au-devant d’une flotte marchande danoise et suédoise qui apportait des blés de la Baltique en France, où la cherté durait encore. Quand ïil rencontra cette flotte, entre la Meuse et le Texel, elle venait de tomber au pouvoir de huit vaisseaux hollandais supérieurs en force aux bâtiments de l’escadrille française. Jean Bart commande sur-le-champ un abordage général, emporte trois des vaisseaux ennemis, met les autres en fuite et ramène au grand complet dans nos ports les cent navires chargés de grains (29 juillet). Duguai-Trouin, plus précoce encore que n’avait été Tourville, égalait, à vingt et un ans, les premiers entre ces marins français dont les noms étaient devenus aussi terribles à l’imagination des peuples que les noms des anciens rois de mer. Avec une frégate de trente canons, il avait enlevé deux bâtiments anglais d’égale force : il est enveloppé par six vaisseaux de ligne anglais ; blessé et pris après une lutte prodigieuse, il s’évade dans une barque, comme avaient fait naguère Jean Bart et Forbin, revient prendre le commandement d’un navire de quarante-huit canons, attaque à la fois deux bâtiments anglais de cinquante et trente-huit canons, et les prend tous deux. Petit-Renau, aussi bon