‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 118 sur 341 · JEAN BART. DUGUAI-TROUIN · texte numérisé non relu

JEAN BART. DUGUAI-TROUIN

du-bras que de la tête, avait, de son côté, enlevé à l’abordage un vaisseau anglais qui rapportait de l'Inde des valeurs énormes en diamants (500,000 livres sterling, dit-on). Les Anglais ne furent pas plus heureux dans les mers lointaines. Les colons français des Antilles opérèrent une descente dévastatrice à la: Jamaïque, pour venger l'invasion du territoire français de Saint-Domingue par les Anglo-Espagnols ; le Sénégal et Gorée furent reconquis sur les Anglais, qui avaient surpris ces comptoirs l’année précédente *. ‘

Tandis que les alliés attaquaient avec si peu de succès les côtes de France, les Français faisaient sur la côte d’Espagne des progrès qui eussent été beaucoup plus considérables si l’armée eût été mieux approvisionnée et mieux entretenue par le ministre de la guerre. Le maréchal de Noaiïlles, avec une vingtaine de mille hommes, avait, le 27 mai, forcé le passage du Ter au gué de Toroella, emporté les retranchements élevés par les Espagnols à l’autre bord de la rivière et mis en déroute leur armée, plus nombreuse que la sienne. Maïître de la campagne , il assiégea Palamos. Tourville seconda les opérations par mer. Château-Renaud venait de le joindre avec sa flotte, après avoir réduit l’escadre anglo-batave de la Méditerranée et l’escadre espagnole à se cacher dans les ports d’Espagne et avoir brûlé dans les Alfaques (lagunes voisines des bouches de l’Èbre) quatre vaisseaux de guerre espagnols. La ville de Palamos fut emportée d’assaut le 6 juin ; le château se rendit le 9. Le roi eûüt voulu qu'on marchât sur Barcelone ; Louis espérait que les Barcelonais se soulèveraient en faveur de la France. Le bombardement récent de leur cité n’était pas fait pour raviver leurs vieilles sympathies françaises, et Noailles jugea imprudent de tenter un si grand siége; loin de sa base d’opérations, avec une armée peu nombreuse, très-mal payée et mal pourvue de vivres. Le mal tenait non-seulement à la pénurie trop réelle du gouvernement, mais encore à l'ignorance, à la présomption et au mauvais vouloir du ministre Barbezieux, qui avait les vices, sans les grandes qualités de son père Louvois et qui n’aimait pas

1. L. Guérin, t. Il, p. 84-95. — Quinci, t. I, p. 71-99. — Hume, Guillaume III et Harie, Liv. 1V.

Noaïilles, parce que ce général expérimenté, comptant sur l'amitié de madame de Maintenon, ne se croyait point obligé de plier sous un jeune fat, et se mettait autant que possible en correspondance directe avec le roi. Noaïlles, du consentement du roi, se rabattit sur Girone, qui commande le cours du Ter et tout le Lampourdan. Cette place importante était défendue par plus de cinq mille soldats et de quatre mille miliciens. Investie le 17 juin, elle capitula dès le 29. Noaïlles, arrêté une quinzaine de jours par le manque de ressources, s’avança ensuite contre Ostalrich, sur la route de Girone à Barcelone (18 juillet). Les habitants livrèrent la ville aux Français ; la garnison se réfugia dans le château, protégé par sept retranchements étagés du haut en bas d’une colline escarpée. Ce redoutable amphithéâtre semblait inaccessible. Deux grenadiers français s’avancent sans ordre jusqu’au pied du premier retranchement : « Je gage, dit l’un des deux à son camarade, que tu n’oserois monter là. » L'autre lui saute sur les épaules, se hisse sur le parapet et appelle le régiment, qui accourt en foule. Les ennemis s’effraient ; les grenadiers escaladent les sept retranchements les uns après les autres et entrent dans le château pêle-mêle avec les fuyards (19 juillet).

Maître de presque tout le nord de la Catalogne, Noaïlles eût pu alors attaquer Barcelone ; mais l’amiral Russel était entré dans la Méditerranée et avait rallié les escadres ennemies demeurées dans les ports espagnols : il se trouvait très-supérieur à Tourville ; celui-ci avait eu ordre d'éviter le combat et s'était retiré à Toulon. Noailles dut se contenter d’aller prendre Castel-Follit, seule place que les Espagnols eussent conservée au nord du Ter (4-8 septembre) ; les troupes furent mises en quartiers d’hiverts

La campagne de 1694 avait été peu éclatante et peu décisive et les résultats avaient été en sens inverse de la grandeur des forces déployées ; mais le peu qu’il y avait de résultats était encore favorable aux Français. Les chefs de la coalition ne s’en montrèrent pas beaucoup plus pacifiques : il y avait eu quelque

1. Mém. de Noaïlles, ap. Collect. Michaud, 3e sér., t. X, p. 48-61. — Quinci, t. I, p. 54-71.

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