‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 12 sur 341 · Dumont, 2e part., t. VII, p · texte numérisé non relu

Dumont, 2e part., t. VII, p

donc gagné, au moins comme possession de fait et à titre provisoire, deux places fortes de premier ordre et toute une province, le duché de Luxembourg. Deux autres provinces, l’électorat de Trèves et le Palatinat cisrhénan, étaient presque complétement sous la main de Louis XIV, grâce aux positions militaires que les arrêts des chambres de réunion avaient acquises à la France entre le Rhin, la Sarre et la Moselle. L'alliance de l'électeur de Cologne étendait l'influence dominatrice de Louis XIV sur le reste de la rive gauche du Rhin. La France s’était rapidement rapprochée du but désigné par Richelieu, « restituer à la Gaule les limites fixées par la nature. »

La trêve de Ratisbonne marque le point culminant où soient parvenus ensemble la France monarchique et l’homme qui la personnifiait. La France acceptait encore pleinement cette personnification , et le prestige de Louis le Grand n’avait rien perdu de son éclat. Tout prospérait à ce favori de la fortune. Tandis que sa grandeur personnelle s’épanouissait triomphalement, sa dynastie s’affermissait par la naissance de deux petits-fils, les ducs de Bourgogne et d'Anjou (6 août 1682—19 décembre 1683). L’ainé lui promettait un héritier, un continuateur ; pour le second, il rêva peut-être, dès le premier jour , le royal avenir que l’état incertain de la succession espagnole permettait d’entrevoir et de préparer. L’ivresse publique, qui s’était manifestée à la naissance de l’aîné de ces enfants, avait attesté à quel point la France croyait sa destinée liée à celle de Louis XIV*.

L'Europe éprouvait des sentiments bien différents pour ce monarque qu'elle avait tant admiré, qu’elle admirait encore, mais qu'elle craignaïit et qu’elle haïssait. Elle ne supportait qu’en frémissant cette orgueilleuse domination qui faisait tout plier, qui s’imposait partout, mais par la force matérielle et non plus par l'ascendant moral. Au moment mème où l'Espagne et l’Empire courbaient la tête en signant la trève de Ratisbonne, une catas-

trophe toute récente, le bombardement de Gênes, excitait au plus haut point l’irritation générale.

d Les Jnérnoies de Sourches, de Choisi, le Mercure galant, etc., donnent de curieux détails sur la joie causée par la naissance du due de Bourgogne ; — Versailles ouvert au public; le Grand Roi se laissant embrasser par tout le monde, etc.

Page 1