‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 13 sur 341 · LA MAISON ROYALE. PROSPÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA MAISON ROYALE. PROSPÉRITÉ

Le gouvernement français avait toujours vu avec beaucoup de déplaisir l'intimité qui subsistait entre l'Espagne et Gênes depuis le temps de Charles-Quint et d'André Doria. L'Espagne avait toujours ménagé avec soin les Génois, qui étaient à la fois ses banquiers et ses auxiliaires maritimes, bien déchus, il est vrai, de leur puissance navale. Les Génois, de leur côté, avaient intérêt à entretenir de bonnes relations avec les possesseurs de Milan, de la Sardaigne et des Deux-Siciles. Louis XIV avait voulu rompre cette alliance et faire accepter aux Génois son protectorat au lieu de celui du Roi Catholique. Gênes s’y était refusée et avait resserré ses liens avec l'Espagne ‘. Il en était résulté de l’aigreur, et bientôt avaient surgi de ces griefs que les forts ne manquent jamais de trouver à point nommé contre les faibles. Gênes venait de construire quatre galères pour les joindre, disait-on, à l’escadrille qu’elle entretenait, en vertu des traités, au service de l'Espagne. Louis avait défendu à la Seigneurie de mettre ces galères à la mer: la Seigneurie avait désobéi. Les Génois avaient vendu des munitions aux Algériens en guerre avec la France. Ils avaient fait venir du Milanais des soldats espagnols. Ils refusaient de laisser passer par Savone les sels de France à destination du Montferrat et de Mantoue : ils refusaient de faire droit aux réclamations du comte de Fiesque, protégé du roi et arrière-neveu du fameux conspirateur Fiesque de Lavagna, dont les biens avaient été jadis confisqués et la famille proscrite par la Seigneurie de Gênes. Enfin, ils avaient tenu des propos irrespectueux pour la gloire du roi.

Les Génois avaient pu être imprudents en laissant transpirer des dispositions peu bienveillantes envers la France ; mais, pour trouver dans de pareils griefs un cas de guerre, il fallait admettre que Louis XIV eût le droit de traiter Gênes en vassale rebelle, parce qu’elle avait autrefois reconnu la suzeraineté de Charles VI

1. La marine espagnole disposait presque du port de Gênes, comme s’il lui eût appartenu. Sur ces entrefaites, les galères d’Espagne, au nombre de trente-cinq, s’y trouvaient à l’ancre, quand on les avertit qu’un vaisseau de guerre français était retenu par le calme auprès de l’île d’Elbe. Toutes les galères sortirent pour l'enlever. Ce vaisseau, appelé le Bon, capitaine Relingue, se défendit d’abord cinq heures contre douze galères, puis presque tout le reste du jour contre toutes les galères réunies. Le vent se leva enfin et Ze Bon gagna Livourne sain et sauf, C’est un des

plus beaux faits de nos annales maritimes. — V. L, Guérin, Histoire maritime de France, t. I, p. 534.

et de Louis XII. Louis ne le dit pas, mais il agit comme s’il l’eût dit. IL fit mettre à la Bastille l’envoyé de Gênes, comme il eût fait d’un sujet factieux. Ce procédé à la turque donna beau jeu aux pamphlétaires hollandais et allemands de crier contre le grand Turc des François et la France turbanisée, qui prenaient les manières de leurs bons amis les mécréants.

Louis, malheureusement ne s’en tint pas à cette petite vengeance. Après le droit des gens, il allait fouler aux pieds la civilisation et l'humanité. Cette fois, un autre que Louvois fut le 1 ntateur. Le fils de Colbert, le ministre de la marine, pris d’une +mulation de violence avec Louvois, voulut faire sur mer ce que son rival faisait sur terre, pressa le roi de « foudroyer la superbe Gênes » et alla s'embarquer sur la flotte commandée par Duquesne, afin de recueillir en personne une gloire dont son père n'aurait pas voulu. On assure que Duquesne la lui laissa tout entière et que ce grand marin, blessé de voir le jeune ministre lui enlever la conduite des opérations, s’enferma dans sa cabine et ne donna aucun ordre, Ce qui est certain, c’est que Duquesne ne servit plus depuis. La flotte appareilla des îles d’'Hières le 12 mai 1684 et arriva devant Gênes le 19. Dix galiotes à bombes, armées chacune de deux mortiers, se mirent en ligne, à une portée de canon des murailles, depuis la tour du fanal jusqu’au faubourg de Bisagno. Elles étaient soutenues par quatorze vaisseaux de guerre, vingt galères et deux brülots. Le lendemain matin, le sénat envoya des députés à Seignelai, qui leur signifia l’ultimatum du roi. Il fallait livrer les quatre galères lancées malgré la défense de Sa Majesté, accorder le transit du sel par Savone et dépêcher au roi quatre sénateurs pour lui demander pardon ; sinon les Génois devaient s'attendre à la désolation de leur ville,

La fière cité ne put se résoudre à un tel abaissement. Seignelai ne reçut pas de réponse et, les galiotes s’étant avancées dans le port malgré l'invitation que le commandant des galères génoises leur fit de se retirer, les Génois ouvrirent le feu. Les terribles engins de destruction répondirent et ne cessèrent @e vomir l'incendie et la mort pendant quatre jours ; du 18 au 22 mai, cinq mille bombes éclatèrent sur Gênes. Le palais du doge, le palais de la banque Saint-Georges, l'arsenal, le magasin général, une grande

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