Paix de Ryswick, t, I, p
capitaine parfait. Cette mort, qui faisait tomber devant Guillaume un obstacle invincible, eût causé plus de joie au chef de la coalition s’il n’eût été en ce moment sous le coup d’un grand malheur domestique. La reine Marie, qui avait été pour Guillaume une épouse passionnément dé‘ouée et un utile instrument politique, succomba, le 7 janvier, à la petite vérole : elle n'avait pas donné d'enfants à son époux. Sa disparition, bien que ravivant les espérances des jacobites, ne causa point de troubles en Angleterre : Guillaume, qui régnait avec Marie, régna seul en vertu de l'acte qui les avait tous deux appelés au trône par indivis.
Avant la mort de la reine, il avait déjà décidé le parlement à de nouveaux sacrifices, mais en les payant par d'importantes concessions au parti de la liberté. Il avait consenti que les parlements fussent désormais triennaux , c’est-à-dire que la chambre des communes fût renouvelée au moins tous les trois ans ; l’établissement de la liberté de la presse, par l’abolition de la censure, compléta et caractérisa le triomphe des whigs et rendit le retour de l’absolutisme impossible. L’année 1694 ne mérite guère une moindre place dans l’histoire d'Angleterre et dans l’histoire des institutions européennes, que l’année 1688 elle-même : elle avait été signalée, non-seulement par les grandes innovations politiques que nous venons d'indiquer, mais par un établissement économique de la plus haute portée, la création d’une banque nationale, analogue à celles d'Amsterdam et de Gênes : quarante négociants souscrivirent pour 1,000,000 sterling de billets garantis par 500,000 livres sterling de capital effectif : le gouvernement toucha le numéraire, employa les billets comme argent et paya J'intérêt du total à 8 p. 100 aux prêteurs qui furent constitués en compagnie faisant les opérations de change. Le capital réel et le capital de circulation furent bien vite augmentés. Ce fut là le point de départ de cette grande organisation du crédit britannique qui à fini par fondre dans la banque l'administration des finances publiques et par associer la fortune nationale et les fortunes particulières pour la plus grande force de l'état.
Le gouvernement français essaya aussi de restaurer ses finances