‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 121 sur 341 · BANQUE D’ANGLETERRE. PRESSE LIBRE · texte numérisé non relu

BANQUE D’ANGLETERRE. PRESSE LIBRE

désorganisées. Les émissions de rentes multipliées et la défiance des particuliers avaient fait tomber les dernières créations au denier 14, et encore ne se plaçaient-elles que très-difficilement. De déplorables opérations sur les monnaies avaient jeté partout la perturbation. En abaissant le marc d'argent de 26 livres 15 sous à 29 livres 14 sous, on avait gagné, à la refonte générale, une quarantaine de millions, de 1689 à 1693 !, ce qui indiquait qu’il avait passé aux hôtels des monnaies environ 400 millions. On supposait qu’une centaine de millions avaient été enfouis ou refondus à l'étranger par des spéculateurs?. Pour enlever aux refondeurs étrangers ce bénéfice et sans doute aussi par un motif moins honnête, c’est-à-dire pour recevoir en monnaie forte après avoir payé en monnaie faible, le gouvernement releva la monnaie, en 1692 et 1693, de 29 livres 14 sous à 27 livres 18 sous le marc d'argent ; puis, en septembre 1693, une nouvelle refonte générale fut ordonnée et la monnaie fut rabaissée de 27 livres 18 sous à 32 livres 6 sous le marc. On ne peut expliquer la participation du duc de Beauvilliers à de tels actes, qu’en excusant sa probité aux dépens de son intelligence et qu’en affirmant qu'il ne comprit rien aux opérations de Pontchartrain*. La nouvelle refonte produisit moins de bénéfice qu’on ne l'avait espéré; elle ne donna qu'environ 55 millions, de 1694 à 1697, une grande partie du numéraire ayant été resserrée ou portée à l'étranger; ce triste profit était chèrement acheté! Par un contraste bien affligeant pour la France, un nouveau chancelier de l’échiquier (ministre des finances) anglais exécutait, en ce moment même, une opération toute contraire : le chancelier de léchiquier Montague, le promoteur de la banque, conseillé par

1. Ce bénéfice était en partie illusoire; car le gouvernement ne pouvait imposer sa monnaie réduite aux étrangers et, dans toutes les dépenses qu’il faisait au dehors pour ses armées et ses flottes, il était obligé de supporter la différence.

2. Dans ces 100 millions, faut-il compter les 60 millions emportés par les réfugiés? — Il y aurait donc eu en France environ 500 millions de numéraire {moins d'un milliard de notre monnaie}. On était tellement dépourvu de notions statistiques, que Louvois et le contrôleur général Le Pelletier lui-même, quelque temps auparavant, doutaient s’il y avait non pas 500 millions, mais 200! V. Gourville, p. 582.

3. Le président du conseil des finances n’avait guère qu’un titre honorifique, mais il n’eût pas dû couvrir ces actes de son nom.

deux hommes qui devaient être la plus éclatante gloire de l'Angleterre et qui appliquaient à la politique les méthodes de la science, par Locke et Newton , faisait adopter par le parlement une refonte des monnaies anglaises, non pour en diminuer le titre, mais pour en changer la mauvaise fabrication, qui avait facilité la funeste industrie des rogneurs, et pour en rétablir le poids, en faisant supporter la perte au trésor ; ce sacrifice intelligent rétablit l’ordre dans les transactions et ranima la confiance publique.

En France , malgré les expédients, ou plutôt à cause des expédients employés par Pontchartrain, la détresse de l’état croissait : les charges montaient et le revenu net baissait d’année en année. Le revenu net fut, en 1693, de 107 à 108 millions; en 1694, de 102 à 103, et il ne faut pas oublier que, vu l’abaissement des monnaies, 102 millions de 1694 ne représentaient plus à peine que 85 millions de 1689. Pontchartrain avait continué ses ruineuses créations d’offices, parmi lesquels on remarque, en 1694, de nouveaux officiers des tailles et des gabelles, des gourmets de bière en Flandre , des colonels et capitaines quarteniers héréditaires, à la place des quarteniers électifs, etc. À bout de mauvaises ressources, le gouvernement français se trouva enfin forcé d'en venir aux bonnes et aux justes, quoique bien incomplétement. Un homme fatal sous d’autres rapports à la France, mais doué d’un vrai génie administratif, l’intendant de Languedoc, Basville, fit proposer par les États de Languedoc, en témoignage de zèle pour le bien public, l'établissement d’une capitation sur tous les sujets du roi, par feux et familles, de quelque condition qu’ils fussent. Le Languedoc avait déjà donné l’exemple de cette sorte d'impôt en plein moyen âge, au temps de la captivité du roi Jean. Il y eut beaucoup d'opposition : Pontchartrain, qui n’avait pas hésité à bouleverser les transactions par les changements des monnaies et à jeter sur la France, comme une nuée de sauterelles, des milliers de fonctionnaires parasites, hésita fort devant une mesure qui froissait des intérêts et des préjugés puissants. Il se décida enfin. Toute la population du royaume fut divisée en vingt-deux classes,

1. Forbonnais, t. II, p. 97. — Hume, Guillaume III, liv. v. — Mac- -Aulay, id., t. IT, ch. 3

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