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DÉTRESSE FINANCIÈRE

depuis le dauphin jusqu'aux paysans et aux artisans. Les princes du sang, les ministres et les gros fermiers (fermiers généraux) payèrent 2,000 fr.; le reste en proportion décroissante (18 janvier 1695). Les valets seuls étaient exempts. Les domestiques de Paris, humiliés d’être en quelque sorte exclus du nombre des Français, réclamèrent le droit d’être compris dans la capitation, tandis que les nobles, les privilégiés, murmuraient contre l’obiigation de payer. Les privilégiés ne se résignèrent que sur la promesse de supprimer le nouvel impôt trois mois après la paix",

La capitation, appliquée avec une réserve timide, ne produisit guère plus de 21 millions par an et n’empêcha pas de renouveler les créations d’offices, les aliénations de domaines, les émissions de rentes au denier 14. Tout cela ne releva le revenu net que d’une dizaine de millions. Les tailles furent diminuées de 3 millions, soulagement presque imperceptible pour les campagnes, parmi tant de nouvelles charges.

Louis XIV, n'ayant pu imposer la paix, s'était résolu, pour cette année , à garder partout la défensive. Il réunit de grandes forces du côté de la Belgique, moindres toutefois que celles de Guillaume, qui avait fait d'immenses préparatifs. Un corps d'armée, assemblé près de Mons, sous le maréchal de Boufflers, fut chargé de protéger Namur. Un camp volant couvrit Furnes et Dunkerque. La principale armée devait couvrir Ypres, Lille et Tournai. Depuis les dunes de Furnes jusqu’à Ypres, la frontière française était protégée par des canaux; depuis Ypres jusqu’à Espierre, sur l’Escaut, des lignes fossoyées et garnies de redoutes défendaient l'entrée du territoire; d’Espierre à Condé, l’Escaut servait de fossé. La Haine et la Sambre complétaient cette longue ligne jusqu'à Namur. Le général chargé de l’ensemble de la défense, le successeur de Luxembourg, si l’on eût consulté la voix publique, eût été Catinat : le roi choisit Villeroiï, fils de son gouverneur et son compagnon de jeunesse, très-brave et assez bon officier tant qu'il n'avait eu qu’à exécuter Les ordres d'autrui, mais plus expert dans les manœuvres de la cour que dans celles du champ de bataille. Ce fut là la première de ces fatales erreurs où le Grand Roi

1. Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 255. — Saint-Simon, t. [*, p. 250. — Dangeau, 6. LL, p. 46,

tomba désormais trop souvent quant au choix de ses généraux.

Guillaume ne montra que trop, dès ses premiers mouvements, qu’il savait bien n'avoir plus un Luxembourg en tête. Il vint camper à une lieue d’Ypres avec cinquante mille hommes, en détacha quinze mille contre le fort de la Knocke, qui était la clef des canaux entre Ypres et la mer, et donna ordre à l'électeur de Bavière d’avancer avec une seconde armée de trente mille hommes par Oudenarde, entre la Lis et l’Escaut, tandis qu’une troisième armée, au moins égale à celle de l’électeur, se formait vers la Sambre et la Meuse et menagçait Namur. Ces opérations étaient hardies jusqu’à la témérité. Villeroi avait massé près de soixante mille hommes entre Ypres et Comines : Boufflers, après avoir dépêché une partie de son infanterie à Namur, était accouru jusqu’à Courtrai avec sa cavalerie, ses dragons et son artillerie, et pouvait se jeter sur les derrières de Guillaume avec dix mille chevaux; l’électeur de Bavière n’avait encore sous la main, entre l’Escaut et la Lis, que la moindre partie de ses troupes et ne fût point arrivé à temps pour secourir Guillaume. Villeroi envoya, dit-on, un courrier à Versailles demander la permission d’attaquer : le roi refusa; on resta une dizaine de jours en présence ; Guillaume eut tout le loisir de compléter ses préparatifs ; tout à coup, il concentra ses forces et s’éloigna rapidement dans la direction de la Meuse, laissant derrière lui sur la Lis le prince de Vaudemont avec vingt-cinq ou trente mille hommes pour amuser Villeroi. Il rejoignit devant Namur son armée de la Meuse, qui investissait déjà cette place (1° juillet). Boufflers avait suivi le mouvement de l’ennemi et se jeta dans Namur avec ses dragons avant que l'investissement fût complet. Namur et ses ouvrages extérieurs, fort augmentés depuis trois ans par Vauban, se trouvèrent ainsi défendus par un maréchal de France à la tête de treize ou quatorze mille combattants. Les assiégeants avaient quatre-vingt et quelques mille soldats.

On avait droit de compter sur une longue et puissante résistance. Le rôle de Villeroi était tout tracé : c'était d’écraser Vaudemont, puis d’affamer les assiégeants en coupant leurs communications avec Bruxelles et Liége. Le 13 juillet au soir, Villeroi, par une marche bien combinée, atteignit Vaudemont près de

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