‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 123 sur 341 · VILL£EROI ET DU MAINE · texte numérisé non relu

VILL£EROI ET DU MAINE

Deynse, sur la rive gauche de la Lis, Vaudemont, pendant la nuit, se retrancha du mieux qu’il put. La position n’était pas forte et l'inégalité numérique était telle, que le corps d’armée ennemi devait être anéanti. L’armée française attendait le signal de l’attaque dès le point du jour : ce signal ne fut pas donné; presque toute la journée se passa dans une compiète inaction, Villeroi attendant toujours que Vaudemont se mit en mouvement, pour le charger dans sa retraite. L’ennemi profita enfin de ce répit inespéré pour commencer à replier son aile droite. La gauche française, commandée par le duc du Maine, l’aîné des bâtards du roi, entra alors dans le retranchement évacué, mais laissa l'ennemi s'éloigner tranquillement ; le duc prétexta la défense que Villeroi lui avait faite d’attaquer. Le soir venait : la gauche ennemie se retira à son tour; Villeroi, avec la droite française, s’ébranla enfin, mais si tard, qu’il ne put que tuer ou prendre quelques centaines d'hommes à l’arrière-garde de Vaudemont. Cette journée devait suffire pour juger Villeroi et du Maine, le général et son lieutenant !.

Après avoir manqué l’armée de Vaudemont, Villeroi manqua la ville de Nieuport, où Vaudemont eut le temps de jeter un grand secours. Villeroi se rabattit sur Dixmuyde et sur Deynse, mauvaises places occupées par sept mille soldats anglais et autres, qui se rendirent prisonniers presque sans résistance. Guillaume IIT en fut tellement irrité, qu’il fit décapiter le commandant de Dixmuyde et dégrader celui de Deynse. Cet échec des Anglais ne pouvait néanmoins influer en aucune manière sur le siége de Namur, Le grand ingénieur Coëhorn pressait ce siége avec une ardeur que redoublait sa rivalité avec Vauban : il eût voulu à tout prix rendre à Vauban l’affront qu'il avait reçu de lui en 1692. Malheureusement, Vauban n’était pas dans la place, et Namur était

1. Mém. de Saint-Hilaire, t. Il, p. 149-158. — Mém. de Berwick, t. I‘, p. 135. — Mém. de Feuquières, t. IV, p. 251. — Mém. de Saint Simon, t. Ie", p. 299. — Saint- Simon fait un récit très-dramatique, mais très-faux, de cette affaire, comme on peut s'en assurer en le comparant avec Saint-Hilaire et Berwick, témoins oculaires. Sa fureur contre les bâtards lui fait justifier complétement Villeroi aux dépens du duc du Maine, Plus on étudie Saint-Simon à fond, et plus on apprend à se défier de toutes ses anecdotes si bien contées, mais si bien transformées par une imagination inquiete, haiveuse et crédule,

défendu avec plus d'énergie que d’habileté par Boufflers. La tranchée avait été ouverte dans la nuit du 9 au 10 juillet, la nuit du 17, un corps de troupes, que Boufflers avait cru pouvoir laisser camper en dehors des remparts, fut assailli et presque détruit par les alliés; la brèche fut largement ouverte à une muraille qu’on avait négligé de terrasser ; l'ennemi passa à gué la Meuse, qui était très- basse, et pénétra dans la ville. On le repoussa une première fois; mais la place n’était plus tenable : Boufflers capitula pour la ville le 4 août, et retira ses troupes dans le château et dans les autres forteresses, que Guillaume fit battre par cent cinquante pièces de gros canon et cinquante-cinq mortiers. Villeroi essaya une diversion : il poussa Vaudemont jusque sous Bruxelles et, . du 13 au 15 août, il fit pleuvoir sur cette grande cité force bombes et boulets rouges. Bruxelles eut le sort de Gênes : près de quatre mille maisons s’effondrèrent dans les flammes; il y eut, dit-on, pour plus de 20 millions de dégâts. Ces cruelles représailles du bombardement de Dieppe ne sauvèrent pas Namur. Villeroi n’attaqua pas Vaudemont, qui s'était couvert de la rivière de Senne et qu’une partie de l’armée de Guillaume était venue joindre; il marcha vers le camp des alliés, après avoir reçu de puissants renforts tirés de l’armée d’Allemagne et des garnisons du Nord. Deux masses de cent mille combattants chacune se trouvèrent ainsi en présence ; mais Villeroi, après avoir reconnu les positions qu’occupait Guillaume au bord de la Mehaigne, ne jugea point à propos de rien hasarder. Guillaume, au contraire, sans attendre que ses tranchées fussent arfivées au pied du château de Namur, fit donner l'assaut dès qu’il y eut une brèche. La contrescarpe du château, le fort de la Cassotte, nouvellement construit par Vauban, et un autre ouvrage, furent attaqués à la fois, à découvert et en plein jour (31 août). La perte des assaillants fut énorme; mais les deux forts et la contrescarpe furent emportés, et la garnison du château ne put chasser l'ennemi de la brèche que par un suprême effort. Boufflers capitula le lendemain, à condition de sortir le 6 septembre, s’il n’était secouru dans l’intervalle. Villeroi resta immobile, et Boufflers rendit le château et le fort d'Orange au jour convenu. La garnison était réduite de treize mille hommes à moins de cinq

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