‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 124 sur 341 · PERTE DE NAMUR · texte numérisé non relu

PERTE DE NAMUR

mille; l'ennemi avait perdu dix-huit à vingt mille soldats dans ce terrible siége. |

C'était le premier succès considérable que Guillaume eût obtenu sur le Continent depuis le commencement de la guerre , ct ce succès était relevé à ses yeux par l’humiliation personnelle du Grand Roi, à qui la prise de Namur avait valu naguère tant de louanges en vers et en prose. Louis avait, jusque-là, plus d’une fois restitué de ses conquêtes personnelles, mais n’en avait point encore reperdu par la force. L'effet de la reprise de Namur fut très-grand en Europe‘.

Il est à peine nécessaire de dire qu’on ne se dédommagea point de cette perte du côté de l'Allemagne. Le maréchal de Lorges eut encore, à l'ouverture de la campagne, quarante-cinq mille hommes, dont plus de moitié cavalerie, contre moins de vingtcinq mille. L’armée impériale ne se formait que difficilement. La division régnait entre les princes allemands, par suite d’un acte très-grave que s'était permis l’empereur. Léopold, pour gagner le duc de Hanovre, qui avait longtemps flotté entre l'Autriche et la France, avait promis de créer un neuvième électorat en faveur de ce prince, sous la condition secrète que la branche de Brunswick- Hanovre s’engageât à voter toujours pour l'aîné de la maison d'Autriche comme roi des Romains (23 mars 1692). Léopold avait tenu parole (29 décembre 1692), mais trois des électeurs, Trèves, Cologne et le Palatin, avaient protesté, Le collége des princes de l'Empire, parmi lesquels -le duc de Brunswick-Wolfenbuttel, chef de la branche aînée des Brunswick, avaient suivi cet exemple et s'étaient engagés, par un acte d'union, à ne point admettre le neuvième électorat (11 février 1693). Cet acte fut renouvelé et fortifié par de nouvelles adhésions le 24 mars 1695, quoique Léopold eût reculé et déclaré qu’il suspendrait l'effet de l’investiture jusqu’à ce qu’il eût obtenu le consentement de la diète. En gagnant les Brunswick-Hanovre, Léopold avait fort refroidi d’autres maisons souveraines. Les généraux français ne tirèrent parti de cette situation que pour manger le plat pays entre le Necker’ et le Mein. L’infériorité numérique des Impériaux cessa bientôt par un grand

1. Quinci, t., II p. 100-156. — Saint-Hilaire, t. II, p. 148, 161-163. — Feuquiéres,

IL, p. 244-249; II, p. 336; IV, p. 28-341, XIV. 14

effort de l’empereur et de ses alliés. Le maréchal de Lorges tomba malade et fut remplacé par le maréchal de Joyeuse, qui n’en fit pas plus que lui. Il eût beaucoup mieux valu proclamer la neutralité du Rhin, que de ravager inutilement, chaque été, les deux rives de ce fleuve.

La campagne d'Italie fut, cette année, plus diplomatique que militaire. Les négociations secrètes avaient recommencé, au mois de mars, avec le duc de Savoie. Casal était bloqué : l’empereur et l'Espagne pressaient sans cesse Victor-Amédée d’attaquer sérieusement cette importante place; mais ce prince craignait autant de voir. Casal entre les mains des Impériaux que des Français. Il avertit Louis XIV qu’il ne pouvait se dispenser d’entreprendre le siége et pria le roi d'envoyer au gouverneur l’ordre de sapituler, quand il se verrait serré d’un peu près, à condition que les fortifications fussent démolies sans pouvoir être rétablies durant le cours de la guerre et que la garnison restât jusqu’à l’entière démolition. C'était l’annulation de Casal. Louis XIV y consentit. Catinat eut ordre de rester sur la défensive autour de Pignerol et de Suse, Casal fut attaqué à la fin de juin : le gouverneur, du 8 au 9 juillet, demanda à capituler ; les généraux de l’empereur et de l'Espagne n'étaient nullement satisfaits des conditions offertes; le duc de Savoie les contraignit d'accepter et fit traîner la démolition des fortifications jusqu’après la mi-septembre, de manière à rendre toute autre entreprise impossible du reste de la saison. Cependant, afin de dissiper les soupçons des alliés, il renouvela, le 21 septembre, son adhésion à la Grande Alliance, dont l’acte fut renouvelé, cette année, entre l’empereur, la Hollande, l’évêque de Münster, le duc de Hanovre, les électeurs de Bavière et de Brandebourg, puis l'Espagne et l’Angleterre, comme pour protester contre toute idée de transaction avec Louis XIV (août-novembre 1695).

Les affaires de Catalogne, assez brillantes l’année d’avant, s’6taient bien gâtées durant l'hiver. Les troupes, très-mal payées et mal nourries, ayant commis toute sorte d’excès et pillé jusqu'aux églises, les Catalans, d’abord assez bien disposés pour les Fran-

Page 1