‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 127 sur 341 · BOMBARDEMENTS. CORSAIRES · texte numérisé non relu

BOMBARDEMENTS. CORSAIRES

d’efforts pour l’abattre. Léopold avait pourtant essuyé, d’un autre côté, d'assez graves échecs. Un nouveau sultan, jeune et brave, Mustapha IT, avait pris en personne le commandement de l’armée othomane, reconquis plusieurs places en Hongrie et battu les Impériaux. On s'était longtemps exagéré la force réelle des Turcs : depuis, on s'était exagéré leur faiblesse; mais, au moment où on les croyait terrassés, ils se relevaient comme par un ressort inattendu et se montraient encore redoutables. Il en devait être ainsi bien longtemps de ce peuple.

Guillaume convoqua un nouveau parlement pour le 2? décembre 1695. Les débats de la dernière session avaient révélé les moyens peu honorables par lesquels Guillaume conquérait la majorité : la vénalité avait été aussi grande dans ce parlement qu’au temps de Charles IT, avec cette différence capitale, toutefois, que ce n’était plus l'or de l'étranger qui achetait les votes !. Les whigs, qui dominèrent le nouveau parlement, tentèrent de mettre un terme à la corruption qui régnait dans l’administration, mais, en même temps, accordèrent au roi des subsides plus considérables que jamais, afin de poursuivre les avantages obtenus sur la France. Ils votèrent 5,240,000 livres sterling pour la guerre, sans compter 500,000 livres sterling pour remettre à flot la liste civile grevée. Louis XIV, cependant, au commencement de 1696, déclara au roi de Suède, comme médiateur, qu’il acceptait le jugement de la Suède quant aux modifications à faire aux traités de Westphalie et de Nimègue, et Charles XI déclara, de son côté, que la Suède n’admettrait aucun changement qui altérât la teneur des deux traités. Ces manifestations conciliantes, qui semblaient indiquer que Louis pourrait renoncer à Strasbourg et à Luxembourg, n’arrêtèrent pas les préparatifs. militaires.

Louis s’apprêtait à un vigoureux effort pour effacer l’impression produite par la perte de Namur. Il était revenu à la pensée d'attaquer Guillaume en Angleterre même. A Versailles comme à Saint-Germain, on croyait Guillaume moins solide sur le trône

1. M.Mac-Aulay, dans son Guillaume III, donne d’intéressantes explications sur les. causes et le vrai caractère de la corruption parlementaire en Angleterre, et y cherche: des excuses en faveur de Guillaume,

depuis la mort de sa femme, qui lui avait donné, pendant qu'elle vivait, une sorte de quasi-légitimité. L’agitation était grande en Angleterre ; une partie de la noblesse campagnarde tenait toujours pour le vieux droit : le commerce se plaignait avec colère d’être abandonné aux corsaires français, tandis qu’on employait les flottes britanniques à courir la Méditerranée ou à insulter des ports qui se raillaient de leurs tentatives ; le commerce anglais évaluait ses pertes au chiffre monstrueux de quatre mille deux cents navires et de 30 millions sterling ! L’argent manquait. La refonte des monnaies, opération excellente en elle-même, augmentait momentanément la gène en diminuant la circulation. Les Jacobites exploitaient ces causes de mécontentement pour en faire sortir la révolte, et avaient annoncé au cabinet de Versailles qu’une grande levée de boucliers s’opérerait dès qu'un corps auxiliaire français descendrait sur la côte britannique avec le roi Jacques. Des armements considérables furent préparés dans les ports français : seize mille soldats d'élite furent réunis à Calais, à Dunkerque, à Gravelines, et Jacques IT, dans le courant de février, alla se mettre à la tête de ces troupes, que devaient escorter Jean Bart et d’autres marins fameux.

Pendant ce temps, le complot avortait en Angleterre. Les conspirateurs ne s'étaient pas contentés de préparer une prise d'armes et d’enrôler les mécontents : les plus déterminés avaient projeté de tuer l’usurpateur. Deux ou trois de leurs complices, soit crainte, soit remords, les dénoncèrent : plusieurs des chefs furent arrêtés et avouèrent tout. Guillaume fit à la hâte mettre en mer tout ce qu'il avait de navires de guerre sous la main. L’amiral Russel, qui était de retour avec une partie de la flotte de la Méditerranée, fut, en quelques jours, à la tête de cinquante vaisseaux et frégates, et alla croiser devant les dunes de France, où il fut renforcé par une escadre hollandaise. La flotte de Toulon, mandée par le roi, n’était point arrivée ; les escadres réunies sur les côtes de Flandre et de Picardie n'étaient point en état de forcer le passage. Le roi Jacques retourna tristement à Saint-Germain.

Cette entreprise, bien qu’elle n’eût pas même reçu un commencement d'exécution et qu’elle eût provoqué, en Angleterre

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