COMPLOT EN ANGLETERRE
et en Écosse, de bruyants témoignages d’attachement à la personne de Guillaume, parut produire une forte impression sur ce prince. Le sentiment des dangers qu'il avait courus le rendit dorenavant moins opposé à la paix. Il ne fut pas d’ailleurs en mesure d'entreprendre rien de considérable dans les Pays-Bas. Il y réunit de très-grandes forces, mais les Français lui en opposèrent d'à peu près égales, et le manque d’argent gêna beaucoup ses mouvements. Il était plus facile au parlement de voter de lourds impôts que de les faire acquitter de bonne grâce et rentrer promptement. Guillaume ne crut pas pouvoir tenter un grand siége en présence d’ennemis puissants et avec des troupes mal payées et mal approvisionnées. Les Français, qui n'étaient guère en meilleur état, n’en firent pas davantage. Quatre armées se tinrent en échec tout l’été : du côté de Sambreet-Meuse, Boufflers resta sur la défensive devant Guillaume : du côté de l’Escaut et de la Lis, Vaudemont eut la même attitude devant Villeroi : deux cent cinquante mille hommes restèrent ainsi en présence plusieurs mois sans aucun résultat, si ce west que les Français parvinrent à se maintenir sur le territoire ennemi.
En Allemagne, comme de coutume, il ne se passa rien d’important : seulement, cette fois, ce fut une victoire pour la France que d’avoir rendu la campagne nulle. Bien que la guerre de Hongrie fût redevenue plus active et plus défavorable à l’empereur, Léopold, qui ne voulait pas plus de paix sur le Rhin que sur le Danube, avait trouvé moyen de donner au prince Louis de Bade cinquante mille hommes contre trente-cinq mille qu’avait le maréchal de Choiseul. Choiseul, vieux capitaine jusqu'alors sans éclat, choisit une très-bonne position sur le Speyer-Bach (ruisseau de Spire), couvrit à la fois Landau, Philipshourg et l’Alsace , et empêcha le prince Louis de pénétrer sur notre territoire et d’assiéger nos places. C'était un beau succès vis-à-vis d’un aussi bon général que le prince Louis.
Les opérations en Catalogne furent peu intéressantes. La grande flotte anglo-batave avait quitté la Méditerranée, et les Espagnols n'étaient pas en état de garder l'offensive. Le duc de Vendôme battit leur cavalerie près d’Ostalrich, mais il n’était point assez
fort pour attaquer Barcelone, avec les populations soulevées sur ses derrières.
La diplomatie continua d’agir plus que les armes en Piémont. Les négociations secrètes avec le duc de Savoie avaient été poursuivies durant l'hiver. Victor- Amédée, exploitant le désir trop évident que Louis XIV avait de la paix, ne se contentait plus de recouvrer ses domaines envahis : après avoir réussi à annuler Casal, il demandait maintenant que la France lui cédât Pignerol démantelé. Quelques années plus tôt, Louis XIV eût souri de pitié à une telle proposition : il refusa au premier abord; puis il discuta. Au printemps, la conclusion se faisant aftendre, Catinat, puissamment renforcé, descendit dans la plaine de Piémont avec cinquante et quelques mille hommes, afin tout à la fois de peser sur le duc et de lui fournir un prétexte pour accepter les conditions du roi. Quelques jours après, un traité fut signé entre les agents secrets de Louis et de Victor- Amédée (30 mai). Le duc, est-il dit dans ce traité, s'engage dans une ligue offensive et défensive avec le roi jusqu’à la paix générale. Louis, à la paix, cédera à Victor-Amédée Pignerol démantelé, avec ses dépendances, jusqu’au pied du Mont Genèvre, à condition que les fortifications ne seront jamais rétablies. Le roi rendra la Savoie, Suse et le comté de Nice, dès que les Impériaux et autres étrangers seront sortis de l'Italie et les Espagnols rentrés dans le Milanais. Le roi ne traitera pas, sans le duc, avec les cabinets de Vienne et de Madrid. Le mariage de la princesse Marie-Adélaïde, fille aînée du duc, est convenu avec le duc de Bourgogne, l’aîné des petitsfils du roi. Le roi accorde au duc le temps convenable pour s dégager honnêtement de la ligue (c'est-à-dire jusqu’à la fin d'août). Les ambassadeurs de Savoie seront désormais traités en France comme ceux des têtes couronnées. Le duc ne permettra plus dorenavant aux réfugiés français de s'établir dans les vallées vaudoises de Luzerne, le roi ne se mêlant point d’ailleurs de la manière dont le duc traitera les Vaudois. Le duc s'engage, si la neutralité est rétablie en Italie, à réduire ses forces à sept mille cinq cents fantassins et quinze cents chevaux. Si la neutralité n’est point acceptée, au 1% septembre, il joindra ses troupes à celles du roi et commandera l’armée combinée. Les conquêtes qu’on