‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 134 sur 341 · PRISE DE BARCELONE · texte numérisé non relu

PRISE DE BARCELONE

verneur avait reçu de Madrid l’ordre de ne point attendre la dernière extrémité pour capituler ; la capitulation fut signée le 10 pour la ville et pour le Mont-Juich. Sept mille soldats, reste de la garnison, sortirent avec trente-six canons et mortiers ; la ville conserva ses priviléges et ses institutions, sauf l’inquisition, que Vendôme ne voulut pas s'engager à maintenir. L'armée du destructeur de l’Édit de Nantes avait pour chef un de ces hommes qui commençaient à opposer à l’esprit de persécution un scepticisme et une indifférence systématiques, et qui rachetaient en quelque sorte, par des sentiments d'humanité sincères, le scandale de leurs mœurs épicuriennes !.

La conquête de Barcelone avait coûté huit ou neuf mille hommes; mais elle fut décisive. La monarchie espagnole craquait : l’Aragon était prêt à se soulever; la Castille demandait la paix à grands cris. Le parti qui ne voulait pas sacrifier l'Espagne aux intérêts autrichiens, longtemps comprimé par la reine et par les agents de l’empereur, avait pris le dessus dans le cabinet de Madrid avant même que Barcelone eût succombé, et avait mieux aimé faire rendre cette grande cité que de la laisser emporter d’assaut. Les ministres, malgré la reine, demandèrent une trêve : déjà des instructions pacifiques avaient été envoyées au plénipotentiaire espagnol à Ryswick. Le terme fixé par la France pour l’acceptation de l’ultimatum expira sur ces entrefaites : le 1* septembre, la France signifia aux alliés qu’elle ne voulait point profiter de ses avantages ni retirer ses offres ; que, cependant, elle les modifiait sur un point, c’est-à-dire qu’elle n'’offrait plus à l’empereur et à l’Empire le choix entre Strasbourg et un équivalent, mais qu’elle rendrait Freybourg et Brisach et garderait Strasbourg, en rasant Kehl et les forts des îles du Rhin, de manière à ce que le chenal du fleuve redevint libre : tous les ponts construits sur le Rhin seraient détruits, sauf la partie du pont de Fort-Louis entre la rive gauche et le fort; la France garderait Fort-Louis; la tête de pont de Philipsbourg sur la rive gauche serait détruite. La frontière du Rhin, qui avait été dépassée par la France, serait ainsi exacte-

1. Tous n’avaient pas cette licence de mœurs, comme nous le verrons du plus illustre, de Bayle. — Nous reviendrons sur Vendôme et sur la société du Temple. — Sur le Siége de Barcelone, V. Quinci, t. II, p. 329-350.

ment rétablie de Huningue à Landau. Si la France se fût prononcée sur Luxembourg comme sur Strasbourg et qu’elle eût signifié la résolution de garder Luxembourg moyennant la cession de quatre villes belges qu’elle avait proposée en équivalent, il est probable que l'Espagne eût cédé. Les contemporains accusent le premier plénipotentiaire, Harlai, d’avoir perdu cette grande question par sa faiblesse.

Le 20 sespembre fut fixé comme terme pour accepter l’ultimatum ainsi modifié. Dans l'intervalle, les alliés protestants intercédèrent auprès de Louis XIV pour le rétablissement des protestants français en leurs droits, priviléges et liberté de conscience. Une requête anonyme très-touchante avait été en même temps adressée à Louis de la part de ses « fidèles sujets de la religion que les édits nomment prétendue réformée. » Les plénipotentiaires français passèrent outre. Les alliés n'avaient tenté cette intervention que par bienséance et sans espoir de succès *.

Le 20 septembre, à minuit, les Hollandais signèrent la paix les premiers. Ils rendirent Pondichéri à la compagnie française des Indes-Orientales. Au traité de paix fut joint, comme à Nimègue, un traité de commerce conclu pour vingt-cinq ans. Les conditions de Nimègue étaient renouvelées et fort améliorées encore pour la Hollande. L'égalité de traitement, quant au commerce, entre les sujets des deux états, était interprétée par la suppression de tout droit d'ancrage sur les navires hollandais, par l’autorisation aux navires hollandais de faire le trafic du Levant à Marseille et dans nos autres ports, et d'importer librement le hareng. Le tarif de 1664 était expressément rétabli. Quad l’un des deux états serait en guerre, les sujets de l’autre étaient autorisés à exercer par mer, avec les ennemis de la partie guerroyante, non-seulement le commerce direct, mais le commerce d’un port ennemi à un autre (c'était ce que les Danois et les Suédois n'avaient pu, tout récemment, obtenir de l’Angleterre et de la Hollande). Le droit de 50 sous par tonneau était aboli sur les navires hollandais, à moins qu'ils ne chargeassent dans un port de France pour un autre port français. C'était là un pacte bien désavantageux à notre marine,

1. Paix de Ryswick, t. Il, p. 512; III, p. 47-101. — Saint-Simon, t. Il, p. 40. —- Mém. du comte de Harrach (ambassadeur d'Autriche à Madrid), t. I, p. 74 et suiv.

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