PERRAULT ET FONTENELLE
poétique des anciens par tradition, mais par raison et après examen. Deux esprits remarquables élevèrent le débat à une grande hauteur théorique. L'un était ce Charles Perrault, qui n’eut de talent littéraire qu’une seule fois, dans ces charmants Contes des Fées, où il donna une forme naïvement impérissable aux traditions gauloises qui berçaient l'enfance de nos aïeux; c'était, d'ordinaire, un de ces rèemueurs d'idées auxquels la forme manque, faute apparemment d’une possession assez complète de l’idée, et qui ploient sous un fardeau de pensées, de connaissances, d’aspirations, trop fort pour leur génie; hommes incomplets, mais originaux et parfois profonds. L'autre était le neveu du grand Corneille, Fontenelle, esprit qui contrastait singulièrement avec la gravité un peu lourde et diffuse de Perrault; écrivain clair, vif et léger d’allure, philosophe et généralisateur dans le fond, au moins autant que Perrault, mais subtil et recherché de style jusqu'à la coquetterie, maniérant et raffinant la phrase noble et sérieuse du xvne siècle par une altération semblable à celle qui commençait à se produire dans les lignes de la statuaire, donnant enfin à la science le langage des ruelles, mais introduisant parmi les gens du monde, sous cette enveloppe frivole, les plus sublimes découvertes du génie moderne, la connaissance du système de l'univers et de l’infinité des cieux, l'hypothèse ou plutôt la certitude morale de la pluralité des mondes habités '. Perrault et Fontenelle se rattachaient tous deux à la génération littéraire du temps de Richelieu, par opposition à l’école de Racine et de Boileau, trop pure de forme et trop circonspecte d’esprit pour eux; mais Fontenelle, destiné à la plus longue carrière d’écrivain qu’aient vue les lettres, appartenait en même temps au passé et à l'avenir : enfant posthume de l’ère de Richelieu, il devait en quelque sorte passer par-dessus le siècle de Louis XIV pour donner la main au siècle de Voltaire.
Une grande pensée les frappa tous deux; l’un la jetée rapidement dans sa courte et spirituelle Digression sur les anciens ei les modernes; l’autre l’a délayée dans les quatre volumes de son Parallèle des anciens et des modernes (1692-1696). Ni l’un ni l’autre