Voir notre tome XII, p. 3 et suiv
4. Le frère du due de Vendôme habitait le Temple comme grand prieur &e l'ordre de Malte.
vieillesse, touchait à ce cercle par ses tendances peu idéalistes et en obtenait les suffrages par ses Dialogues des Morts, où il se jouait de toutes les grandeurs de ce monde avec une légèreté sceptique, par son Histoire des Oracles, où sa négation des prodiges imputés au diable peut induire à contester d’autres miracles, et par son allégorie de Mero et Enequ , satire de l’église romaine qu'il fit imprimer en Hollande. La vieille Ninon et le vieux Saint-Evremont, retiré à Londres, étaient les patriarches de ce petit monde épicurien. Le progrès des opinions libertines et sceptiques était déjà assez notable quelques années avant la fin du xvn siècle, pour que La Bruyère, en sa qualité de philosophe chrétien, se crût obligé d’attaquer vivement les esprits forts, afin de compenser ses attaques contre les faux dévots et les directeurs de femmes.
Il ne faudrait pas cependant faire de tous les esprits forts de purs sceptiques ou des matérialistes : des vers fameux de l’abbé de Chaulieu, qui éleva quelquefois singulièrement le ton de sa Iyre anacréontique, attestent que le déisme avait la voix haute au Temple, déisme, il est vrai, peu théologique, peu métaphysique, fort indulgent aux faiblesses humaines et tout semblable à celui qui devait régner plus tard à Fernei.
Quelques-uns de ces libres penseurs se convertirent sur leurs derniers jours. L’aimable et savante madame de la Sablière, qui, sur la fin de sa trop courte vie, écrivit un petit livre de morale religieuse (Maximes chrétiennes), avait donné l’exemple à son ami La Fontaine, moins sceptique par système qu’insouciant et qu’ennemi de toute gêne; La Fontaine n’avait d’opinions sérieusement négatives que sur quelques points de théologie et de politique où il repoussait, soit par raison, soit par sentiment, les doctrines officielles *. La Fontaine mourut très-pieusement, aussi naïf d’ailleurs dans sa pénitence que dans ses erreurs. Madame Deshoulières fit une fin semblable : cette femme-poëte, qui se qualifiait sans façon de dixième Muse (il y a eu beaucoup de ces dixièmes Muses !) avait mis par intervalles son talent agréable, aisé, quelquefois un peu faible et prosaïque, au service d’idées assez auda-