TRIPOLI ET ALGER BOMBARDÉS
qui ne permettait d’avoir avec elles aucunes relations régulières : les traités étaient violés aussitôt que conclus. Les Tripolitains avaient déjà oublié la peur que Duquesne leur avait faite à Chio et recommencé à pirater aux dépens du commerce français. Le vice-amiral d’Estrées, que le roi avait nommé maréchal de France, fut chargé d'aller les châtier avec une escadre que Tourville commandait sous lui. Les terribles galiotes firent contre Tripoli leur effet ordinaire. Après trois jours de bombardement (22-24 juin 1685), les habitants implorèrent la paix et se soumirent à payer 500,000 livres de dédommagement pour leurs brigandages : ils relâchèrent leurs esclaves français ou pris sous le pavillon de France et reconnurent la prééminence du pavillon français sur tous les autres. Au retour de Tripoli, l’escadre se pré- Ænta devant Tunis, qui avait donné quelques sujets de plainte et qui se hâta de les réparer en renouvelant son pacte avec la France (30 août 1685). Tourville fut détaché vers Alger, qui fit également satisfaction de quelques infractions au traité de l’année précédente.
Avec les Barbaresques, c’était toujours à recommencer : Alger, si rudement châtié, était incorrigible. Sur de nouvelles déprédations, d’Estrées fut chargé, en 1688, de renouveler l'expédition de 1683 : Tourville, avec l'avant-garde de la flotte, rencontra, par le travers d’Alicante, le vice-amiral d’Espagne, Papachin; les instructions du roi prescrivaient d’exiger le salut de toutes les marines étrangères, excepté de la marine anglaise, à laquelle on ne devait ni le demander ni l’accorder. Tourville réclama le salut de Papachin: l'Espagnol refusa. Papachin avait deux vaisseaux de 74. et 54 canons; Tourville en avait un de 54, un de 38 et un plus petit: il attaqua sans hésiter et força les deux navires espagnols à amener leurs pavillons (? juin 1688). Ce ne fut pas le seul fait d'armes de ce genre que suscita la question du pavillon. Tout en admirant la valeur de nos marins, on doit reconnaître que c'était là une imitation malheureuse des prétentions anglaises à la tyrannie des mers. ; Trois semaines après, les galiotes à bombes reparurent dans la rade d'Alger. L’exécution fut encore plus effroyable que sous Duquesne ; on lança dix mille bombes en seize jours sur cette