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ACADÉMIE DES SCIENCES

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Domat, protégé par le roi, quoique janséniste, est, au moins par la date de sa renommée, non-seulement la dernière gloire de Port-Royal, mais le dernier des grands penseurs qui représentent le génie propre du siècle de Louis XIV. Les esprits éminents qu’on verra désormais apparaître appartiendront plus ou moins complétement à un autre ordre d’idées.

Tandis qu’en France le génie du xvne siècle tarit, les nations étrangères commencent à nous disputer la suprématie, non point dans les belles-lettres, dans les arts ni dans la culture sociale, chose que l’Europe, qui nous copie servilement, semble juger impossible, mais bien dans la philosophie et dans les sciences. Déjà les grands inventeurs scientifiques appartiennent non plus à la France, mais à l’Allemagne et à l'Angleterre.

La France ne néglige pourtant rien pour maintenir sa position et continuer ses conquêtes scientifiques. En 1699, l’Académie des sciences est fortement réorganisée par un règlement qu’approuve le roi et prend place parmi les corps officiels. Son nouveau règlement lui fait une loi de cette activité féconde. qui ne doit plus s’interrompre et l’érige en tribunal chargé de juger les applications de la science à l’industrie et de les recommander à la sanction de l'État. Les expériences, les recherches faites aux frais du roi par les académiciens, avaient été un bienfait : le bienfait devient un droit. L’Académie se divise dorénavant, non plus en cinq, mais en six sections, la section de mathématiques se subdivisant en géométrie ou mathématiques pures, et mécanique ou mathématiques appliquées. Il est à regretter que la métaphysique n’ait pas trouvé place à côté des sciences exactes et naturelles : c’est là le point de départ d’une séparation entre la science générale et les tout au contraire, le nécessaire des pauvres sert pour le superflu des riches. — N’aurai-je jamais la consolation de voir un pape chrétien dans la chaire de saint Pierre ?» Les dévotions extérieures, les scapulaires, ete., sont pour lui, dans la Nouvelle Loi, ce aw’étaient, dans l’Ancienne, les traditions superstitieuses des Pharisiens. » Nous

v’agissons point, dit-il, par raison, mais par amour. » Ceci semble dérobé au Discours sur les passions de l'amour.

11 ne faut pas oublier un des mérites de Domat, qui est d’avoir mis le premier les lois romaines en langue française, parce que cette langue, dit-il, « est aujourd’hui dans une perfection qui égale et surpasse même en beaucoup de choses les langues anciennes; que, par cette raison, elle est devenue commune à toutes les nations , Ct qu’elle a singulièrement la clarté, la justesse, l'exactitude et la dignité, qui sont les caractères essentiels aux expressions des lois. » Préface des Lois Civiles.

sciences particulières, d’une fragmentation de la connaissance humaine, qui doit dans la suite des temps menacer d’abaisser l'esprit humain. La défiance que Descartes inspire au Grand Roi y contribue sans doute ‘.

A l’époque de sa réorganisation , l’Académie avait déjà, depuis deux ans, élu Fontenelle pour son secrétaire perpétuel ; l’Académie n’eût pu mieux choisir pour sa propre gloire, pour la gloire de l'élu et pour l'intérêt de la science. Fontenelle est le vulgarisateur par excellence. Il met au service de la science un talent littéraire doué de toutes les qualités appropriées à cette fin, privé de toutes les qualités qui eussent pu y nuire. Le défaut d'imagination et de passion, qui fait de lui un médiocre poëte, devient presque une vertu pour l'écrivain scientifique. Pendant cinquant” ans, il est l'interprète fidèle de l’Académie auprès du public européen. L'Histoire annuelle de l’Académie et les Éloges des académiciens, qui forment le résumé de la marche des sciences durant un demisiècle, sont le vrai et impérissable honneur de cet esprit peu métaphysicien , mais éminemment scientifique, et par là véritable initiateur du xvine siècle. La préface des Éloges est un petit chefd'œuvre d'esprit et de bon sens : l’unité de la science, comme l'unité de la nature, objet de la science, y est admirablement comprise, et Fontenelle mérite bien ici le nom de philosophe.

Les mathématiques continuent d’être cultivées avec éclat en France; mais ce n’est point toutefois parmi nous que se formule la grande découverte qui ouvre un monde nouveau aux sciences exactes. Newton en Angleterre, Leibniz en Allemagne, ont formulé, chacun de leur côté le premier, sous le nom de calcul des fluxions, le second, sous le nom de calcul différentiel et avec des formes à la fois plus générales et plus commodes à l'usage que celles de Newton, une nouvelle géométrie qui a pour objet, non plus les quantités connues et mesurables, mais les quantités inappréciables par leur petitesse infinie ?. C’est en quelque sorte l’inverse de cette astronomie nouvelle qui voit les abimes du ciel

1. L'Académie des Inscriptions fut réglementée à son tour en juillet 1701. V. les deux règlements dans les Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 326, 386.

2. Leïbniz publia les règles, mais non les démonstrations du calcul différentiel, en

1684. Newton paraît avoir été possesseur de son Calcul des fluxions dès 1666 ; mais il n’en avait rien publié.

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