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Nous ne la discutons pas ; nous l’exposons

2. Descartes avait donné pour mesure au mouvement le produit de la masse par la vitesse. Leibniz donne pour mesure à la force le produit de la masse par les hauteurs auxquelles cette force peut élever un corps pesant, hauteurs qui sont comme les carrés des vitesses. Fontenelle, Éloges des Académiciens, t. Ie", p. 470.

3. L'âme des bêtes revient ainsi, par Leïbniz; les animaux redeviennent des êtres vivants, animés par un principe indestructible, et non plus des machines.

cru lui-même, à tort ou à raison, reconnaître que des unités simples, telles qu’il définit ses monades , ne peuvent naturellement agir les unes sur les autres?. Pour expliquer les relations des êtres, il s’est donc trouvé obligé de remplacer l'hypothèse de Descartes sur le mouvement perpétuellement donné de Dieu par une autre hypothèse transcendante : c’est la fameuse harmonie préétablie de Dieu d’abord entre les êtres, puis, dans les êtres, entre les pensées et les mouvements, entre les monades qui pensent et les monades qui agissent, entre les âmes et les corps, en sorte que toute volonté de l’âme ait pour correspondance un mouveinent du corps, bien qu’il n'y ait pas de communication réelle entre eux.

La théorie des forces, moins dans ses profondeurs métaphysiques, peu explicites et peu comprises, que dans ses applications pratiques aux phénomènes, a d’abord en France le sort de l’attraction newtonienne : on la renvoie aux entéléchies d’Aristote, aux formes substantielles des scolastiques ?. Comme l'attraction, elle aura son jour; elle reviendra triomphante et dominera sur toutes les sciences de la nature.

En parcourant d’un rapide regard la sphère des sciences, nous sommes arrivés de la physique à la philosophie générale, sur les pas des deux grands génies de l'Angleterre et de l'Allemagne. En métaphysique, la France avait encore, comme nous le verrons tout à l'heure, un esprit de premier ordre à opposer aux nations rivales *. L'état de la philosophie offrait en France un singulier contraste : le cartésiasnisme, régnant presque sans conteste sur les intelligences, jouait vis-à-vis du dehors le rôle d’une puis-

1. Simples dans ce sens qu’elles sont sans parties, car il y distingue les deux principes d'activité et de passivité.

2. Giordano Bruno avait autrefois voulu résoudre cette difficulté en joignant des atomes matériels aux monades ou unités immatérielles qu’il avait aussi conçues.

3. V. dans les Éloges de Fontenelle les articles Le1Bniz et Newrow. Leibniz avait marqué sur la découverte de Newton l'empreinte de son génie; sur le seul bruit de la découverte, il en refit toute la théorie par le calcul différentiel sans avoir lu le livre de Newton (1689). Sur l'attraction et les forces, voyez Bordas-Demoulin; le Cartésianisme ; — Renouvier, Manuel de philosophie moderne, et Encyclopédie nouvelle, art. Force. — Biot, Biographie univ., art. LEIBNIZ et NEWTON. — A. Jacques,

Préface aux OEuvres de Leibniz. — F. Morin, Philosophie des sciences, ap. Revue de Paris

du 15 juillet 1856.

4. Et encore ne parlons-nous pas des hommes qui n'avaient point la métaphysique pour principal objet et qui furent grands métaphysiciens, à l’occasion, quand ils youlurent l'être, tels que Bossuet et Fénelon.

sance établie qui défend son autorité contre l'invasion étrangère; pendant ce temps, il était encore persécuté au dedans par les pouvoirs politiques et religieux. L'université et les jésuites, ces vieux adversaires, s'étaient coalisés contre lui; en 1671, l’université avait présenté requête au parlement pour faire défendre qu'on l'enseignât dans les colléges. Antoine Arnaud intervint par la discussion raisonnée; Boileau, par la plaisanterie, et tout le monde connaît l’arrét burlesque qui contribua si fort à prévenir un arrêt sérieux. Boileau, en prenant si vivement parti pour Descartes contre Aristote, prouva que son adoration des anciens n’était rien moins qu'un aveugle fétichisme. L'enseignement cartésien n'eut qu’un bien court répit. Les ennemis de Descartes, n’obtenant rien du parlement, s’adressèrent au roi, un arrêt du conseil défendit aux oratoriens d'enseigner la nouvelle philosophie (1675). Les oratoriens réclamèrent. Le parlement, par une exception trèsremarquable à son esprit traditionnel êt routinier, accueillit la réclamation. Le roi cassa l'arrêt du parlement. L’Oratoire dut se soumettre et s'engager à enseigner, conformément au vieux péripatétisme scolastique, que l'étendue n’est pas la pure essence du corps, que la pensée n’est pas essentielle à l’âme, qu’il existe du vide, etc. Les jésuites ne se contentèrent pas d’avoir fait proclamer, de par le roi, la réalité du vide : tandis que le fanatisme calviniste persécutait le cartésianisme en Hollande, un jésuite dénonça la philosophie cartésienne à l’assemblée du clergé de France, comme favorisant les erreurs de Calvin sur la question de l'essence et des propriétés du corps. La doctrine qui nie que les accidents ou modes existent en dehors de la matière qu’ils modifient, était incompatible, disait-on, avec le mystère de la transsubstantiation, qui veut que les accidents subsistent après que la matière a disparu. Bossuet étouffa ce redoutable débat; mais les conférences de Régis, qui avait propagé le cartésianisme par sa parole éloquente dans les doctes cités de Toulouse, d’Aix et de Montpellier, furent interdites à Paris par l’archevêque Harlai (1680). Quelques années après, la Sorbonne lança un décret contre la philosophie nouvelle (1693)'. On put bien prohiber

1. Voyez Cousin, Fragments philosophiques, &, Il; De lu Persécution du cartésienisme,

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