‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 162 sur 341 · V. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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3. Il semble, disons-nous; car ce n’est qu’une apparence, un malentendu; si certaines des formules systématiques de Leibniz sont périlleuses ou erronées, sa pensée est irréprochable. « La liaison des résolutions de Dieu, » dit-il, « fait la certitude des événements humains, sans impliquer pour cela la nécessité. » Dans l’Harmonie préctablie des âmes et des corps, qui remplace pour lui le mouvement immédiatement donné de Dieu (Cause occasionnelle DE DESCARTES), « l'accord est naturel et spontané. » Il ne faut pas méconnaître que l’harmonie préétablie est; après tout, un grand progrès sur le miracle perpétuel du mouvement cartésien, et, quoi que vaille ce système, il faut s’incliner devant le sublime sentiment de l'harmonie universelle qui l’a inspiré. V. Lettres et Opuscules inédits de Leibniz; Paris, 1854, p. xxx1; et Nouvelles Lettres, ete. ; Paris, 1857, p. cLxxvi; publiés par M. Foucher de Careil,

assez la libre direction de cette force. Le déterminisme s'applique à Dieu même : Dieu est déterminé par sa sagesse et sa bonté à créer le monde le plus grand et le meilleur possible ; le monde est ce qu'il doit être et ne peut être autrement. C’est là le fameux optimisme de Leibniz, que Malebranche avait posé avant lui, peut-être d’après son inspiration, mais sans en faire ainsi la clef de tout un grand système. Dieu même ne serait donc pas libre, si l’on ne veut pas appeler libre, comme le fait Leibniz, l'être qui ne dépend d'aucun autre être et qui n’est déterminé que par ses propres attributs.

Les hypothèses hasardées de Leibniz, son harmonie préétablie et son déterminisme, et même son spiritualisme exclusif, opposé de tendance à l'esprit du xvin® siècle qui s’éveille ‘, compromettent pour un temps les admirables révélations de son génie; la fécondité de ses idées nuit d’ailleurs à leur concentration, et ses prétentions à tout expliquer, à tout concilier, lui ôtent, en apparence, quelque chose de son originalité : avec un nom immense, il n’exerce pas sur ses contemporains, si ce n’est en Allemagne, toute l'influence qui semblerait lui appartenir; mais ce qui diminue la puissance de son action immédiate, l’absence d’esprit sectaire et la compréhension universelle qui le caractérisent, sont précisément ce qui doit faire sa grandeur devant la postérité ?.

Cette conciliation générale des idées, ce sublime syncrétisme auquel il aspirait et qu’il a si grandement préparé, il ne l’a pour-

1. N'oublions pas toutefois que la conception des monades, base de toutes les théories de Leibniz, est restée aussi inébranlable que la base de la méthode cartésienne : les monades sont le support métaphysique de toute théorie scientifique sur les forces ; il n’y régnerait, sans elles, qu’un aveugle empirisme.

2. Les importantes publications récentes de M. Foucher de Careil ont apporté bien des lumières nouvelles sur l’histoire et sur les caractères essentiels de la pensée de Leïbniz. V. Réfutation de Spinoza; Paris, 1854, et les deux volumes de Lettres et Opuscules, avec les larges expositions du système de Leïbniz qui précédent ces publications. On peut faire quelques réserves; mais il y a beaucoup à apprendre avec ce savant et passionné disciple de Leibniz. Nous citerons seulement sa solide réfutation des attaques de Kant {Nouvelles Lettres, ete., p. cxxxI-cxxx1x), et le beau passage où il montre l'unité essentielle de la méthode de Leïbniz, et comment les applications incomparablement fécondes de cette méthode aux sciences mathématiques, à la physique, aux sciences de la vie, applications qui continuent

et continueront indéfiniment, dérivent entièrement de ses principes métaphysiques (p. covir-coxix). — V. encore le Discours d'ouverture du cours de M. Saisset; 1857.

tant point accompli : la philosophie du xvir siècle, la philosophie de l'esprit et de la raison, bien qu’en possession de tous les principes essentiels, demeure imparfaite pour n’avoir pas su les relier dans un tout harmonieux. De larges brèches sont restées ouvertes dans l'édifice du vrai : c’est par là que rentrera l'ennemi. Déjà l'ennemi est en vue et l'attaque est commencée!

L'attaque vient du pays de Hobbes, de ce génie malfaisant que Descartes avait vaincu. Elle vient d’un homme qui ne songeait guère à continuer le théoricien de l’athéisme et du despotisme, et qui professait sur la vie publique et privée des opinions bien opposées à celles de Hobbes. John Locke, esprit étendu et actif, observateur judicieux et sagace, mais plus apte à: cette sorte de philosophie morale dont l’expérience et l'observation nous fournissent les matériaux qu'aux spéculations transcendantes, prétend éclaircir la philosophie et mettre un terme aux disputes des philosophes en étudiant à fond et en détail les facultés et les opérations de l’entendement. C’était une belle entreprise, et Locke fondait par là cette branche importante de la philosophie qui a reçu, depuis, tant de développements sous le nom de psychologie. Malheureusement, avant de s'établir sur ce terrain qu’il devait cultiver avec grand fruit, avant d’analyser les idées en ellesmêmes, il commença par s’égarer à la recherche de leur origine. Il entame un vaste Essai sur l’entendement humain ‘, sans posséder ces idées claires et distinctes tant recommandées par Descartes et, par conséquent, sans avoir à sa disposition une vraie langue philosophique. Il remplace trop souvent la clarté de la pensée par cette fausse clarté de la forme qui recherche les termes les plus vulgaires au lieu des plus exacts, et qui prend le sens banal pour le sens commun. Il ne voit l’origine des idées que dans la sensation causée par les objets extérieurs et dans la réflexion s’exerçant sur les matériaux fournis par la sensation, il excepte seulement la connaissance de notre propre existence que nous avons, dit-il, par intuition, et celle de l'existence de Dieu, que nous avons par démonstration ?; mais cette dernière exception n'est

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