Publié à Londres en
2. Descartes, faute d’avoir suffisamment creusé la théorie des idées, n’avait formellement attribué l’innéilé qu'aux idées de Dieu et de l’âme et avait paru placer dans
pas rigoureusement motivée chez lui et ne semble qu'une concession aux croyances’ religieuses de son pays et aux siennes propres. Quant à l'exception précédente, son intuition n’est guère encore qu’une sensation généralisée et aboutit à substituer : Je sens, donc je suis, à je pense, donc je suis. Il écarte de la science, comme incompréhensible, tout ce qui ne tombe pas sous l’imagination et sous le sens, tout ce qui est intelligible sans être imaginable : il écarte les causes métaphysiques pour ne voir que les effets concrets. Il transporte sans réserve dans la psychologie, dans la science du moi, cette méthode d’observation et d'expérience, que son ami Newton avait systématisée avec génie dans les sciences de la nature extérieure. Il ne va pas jusqu’à nier l'esprit, le sujet qui pense, et il lui accorde la faculté de réflexion, qui modifie d'une manière assez mal définie les idées fournies par les sens; mais il arrive à douter et à se demander si ce sujet de la pensée est bien réellement distinct de la matière, ou, en d’autres termes, si Dieu ne pourrait point accorder à la matière la faculté de penser. Cette seule question, pour qui l’admet, renverse toutes les notions intelligibles et replonge la métaphysique dans le chaos d’où Descartes l'avait tirée! Locke, initié aux travaux de Newton, a senti vaguement qu'il y a autre chose que de l’étendue là où il n’y a pas de pensée et ne comprend pas pourquoi ces forces, ces principes actifs, qu’il sent joints au principe passif, seraient essentiellement incapables de s'élever jusqu’à la pensée; mais il prend ces forces pour des modes ou des qualités susceptibles d’être ajoutées à l'essence de la matière, c’est-à-dire à l'étendue; il ne comprend pas que toute force est nécessairement une substance, puisque nous ne la concevons réductible en aucun autre principe, et il se demande si la pensée, la force ayant conscience d'ellemême, ne peut pas être une propriété de la matière, de l’étendue, c’est-à-dire si une substance ne peut pas être la propriété d’une autre substance; ce qui n’a aucun sens!.
les choses extérieures l’origine des idées de nombre et d’étendue. Par là, il avait laissé jour à Locke, — V. Bordas-Demoulin, t. Ier, p. 127.
1. S'il eût entendu par essence de la matière autre chose que l'étendue, cette autre chose n’eût pu être que la substance unique de Spinoza, ayant le double attribut de la pensée et de l'étendue ; il touche bien, en effet, un moment à cette idée ; mais il ne s’y arrête pas. Voyez Leïbniz, Nouveaux essais sur l'Entendemement, Avant-propos, p. 77;