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LES FRANÇAIS A SIAM

pagnie d'Orient : ils périrent dans un naufrage. Une seconde députation arriva en France dans l'automne de 1684 ; ellen’était point adressée directement au roi, mais seulement aux ministres. Constance les priait d'engager leur maître à expédier une ambassade au sien et faisait entendre que le monarque indien pourrait être amené à embrasser la religion chrétienne. Là-dessus, le zèle convertisseur prit feu : les jésuites, qui, depuis quelque temps, étaient parvenus à s'introduire à la Chine en qualité de mathématiciens et d’astronomes, erurent voir un nouvel empire déjà soumis à leurs missionnaires. Six d’entre eux, destinés pour la Chine, se rendirent d’abord à Siam avec l’envoyé de Louis XIV. L’ambassadeur Chaumont reçut le plus brillant accueil du roi indien : la liberté du commerce et le libre enseignement du christianisme furent accordés, et Constance offrit de recevoir garnison française dans deux places admirablement situées pour le commerce; c'étaient Bankok, près de l'embouchure du Meï-nam, le grand fleuve de Siam, et Merghi, sur le golfe du Bengale. Une nouvelle ambassade, plus solennelle, repartit pour la France avec M. de Chaumont et eut audience de Louis XIV le 1e septembre 1686. La physionomie, le costume, le cérémonial des opras (mandarins) siamois alimentèrent longtemps les conversations de la cour et de la ville. Louis XIV expédia à Siam six vaisseaux portant deux agents politiques, quatorze jésuites et un corps de troupes. Bankok et Merghi furent fidèlement remis aux Français (septembreoctobre 1687).

Le début était brillant : la suite y répondit mal. Le roi de Siam, grand protecteur des étrangers, mais très-impopulaire parmi ses sujets, fut pris d’une maladie mortelle. Le prosélytisme envahissant des jésuites et la faveur accordée aux Français avaient excité une vive irritation parmi les populations siamoises, qui professaient le bouddhisme, la grande religion de l'Asie centrale et orientale. Un des opras, ou grands du royaume, se mit à la tête d’une conspiration, secondée par les prêtres bouddhistes (talapoins); le chef même de l’ambassade revenue de France fut un des principaux agents du complot : le favori Constance fut massacré près du lit de mort du roi; le chef des conjurés s’empara du trône, et les petites garnisons françaises de Bankok et de Merghi,

perdues au mnilieu d’un peuple entier soulevé, furent réduites à capituler et à se rembarquer (novembre 1688). La propagande religieuse fit ainsi crouler un établissement qui eût pu réussir, s’il eût été seulement politique et commercial, comme ceux des Hollandais et des Anglais .

Ce dénoûment était bien éloigné des espérances conçues quatre ans auparavant, à l’arrivée des premiers envoyés siamois. A cette époque, c’est-à-dire pendant les premiers mois qui suivirent la trêve de Ratisbonne, la politique de Louis le Grand ne prévoyait d’échec sur aucun point de l'horizon. Sauf lerêve de l’Empire, qui reculait à mesure que Louis s’efforçait de le fixer, les projets du roi étaient en voie de succès, et tous ses ennemis paraissaient hors d’état de lui nuire. L'autorité du prince d'Orange semblait trèsaffaiblie dans les Provinces-Unies, et la campagne de 1684 avait été malheureuse en Hongrie pour les armes austro-germaniques, malgré les diversions opérées par les Polonais en Valachie et par les Vénitiens en Grèce. Les Turcs avaient forcé le duc de Lorraine et l'électeur de Bavière à lever lesiége de Bude avec une très-grande perte (novembre 1684). En Angleterre, sauf quelques oscillations, tout allait selon les vues de Louis XIV. Charles I, depuis qu’il avait dissous son parlement en 1681, avait vogué à pleines voiles vers le pouvoir absolu, aidé par les écus de la France et par la réaction royaliste qui s'était produite dans les hautes classes de la société anglaise. Le duc d’York, naguère en butte à tant d’orages, avait été rappelé sans obstacle d'Écosse à Londres par son frère (juin 1682), après que le parlement écossais eut déclaré l’ordre de succession inviolable sous peine de haute trahison. Le fils naturel du roi, le duc de Monmouth, le chef le plus ardent du parti opposé au duc d’York, fut emprisonné, et de violentes persécutions furent dirigées contre les principaux des whigs, qui avaient projeté quelques mouvements en Angleterre et en Écosse. De même qu'ils avaient naguère accusé les catholiques d’avoir voulu assassiner le roi pour élever au trône le duc d’York, on les accusa d’avoir trempé dans un complot tramé par quelques fana-

/ 1. Mém. de Choisi, p. 610 (Choisi fit partie de l'ambassade de Chaumont). — Relation du chevalier de Chaumont, ap. Archives curieuses, 2° série, t. V. — Flassan, t. IV, p. 73. — La Martinière, t. IV, p. 363. — Larrei, t. Il, p. 76.

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