‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 18 sur 341 · PERSÉCUTION DES WHIGS · texte numérisé non relu

PERSÉCUTION DES WHIGS

tiques pour tuer le roi et son frère au profit du prince d'Orange, de Monmouth ou de la république. Shaftesbury prit la fuite, et alla mourir à l'étranger ; le comte d’Essex se tua dans la prison; lord Russell fut condamné à mort : il eût probablement obtenu sa grâce s’il eût consenti à reconnaitre que la résistance armée contre l'arbitraire n’est jamais permise; il refusa et mourut martyr du droit de résistance. Après lui monta sur l’échafaud Algernon Sidney, qui, poursuivant un idéal plus élevé, mais moins accessible que ne faisaient les autres chefs de l’opposition, n'avait jamais cessé d’aspirer au rétablissement de la république, quand ses amis ne visaient qu’à un changement de dynastie (juillet-décembre 1683). Il finit stoiquement, en se faisant gloire de mourir pour la bonne vieille cause. Le fils du roi, Monmouth, acheta son pardon par de honteuses révélations sur les projets auxquels il avait participé et par d’humbles soumissions envers son père et son oncle. Il se retira en Hollande. Le jour même du supplice de lord Russell, l’université d'Oxford lança l’anathème sur la doctrine qui veut que l’autorité civile procède originairement du peuple et que la violation du contrat social par le prince délie le peuple du devoir de l’obéissance. L’obéissance passive était partout enseignée par le clergé anglican, et les tribunaux punissaient toute allégation contraire comme un crime de haute trahison. Les vieilles libertés du moyen âge étaient de toutes parts battues en brèche. Les franchises de la cité de Londres et de beaucoup d’autres corporations furent supprimées, moins, à la vérité, pour les abroger définitivement, que pour les rétablir sous une autre forme au profit des tories en excluant les whigs. Le duc d’York rentra au conseil du roi (juin 1684) : en même temps, les persécutions contre le papisme se ralentirent : les condamnations capitales prononcées contre les prêtres catholiques furent commuées; les lords catholiques, détenus depuis cinq ans, furent relâchés, et Titus Oates, le dénonciateur du fameux complot papiste, fut mis au pilori comme calomniateur. Charles IL, il est vrai, afin de rassurer l’anglicanisme, obligea le duc d'York à marier sa seconde fille, la princesse Anne, protestante commeson aînée, à un prince protestant, au frère du roi de Danemark.

Sur la fin de 1684, le mobile Charles I laissa entrevoir quelques

symptômes d’un nouveau revirement : le zèle emporté de son frère fatiguait son insouciance, et Louis XEV avait cessé de payer sa pension depuis la trêve de Ratisbonne. Il promit secrètement à Monmouth de le rappeler et de congédier derechef York; il eut, dit-on, quelques velléités de convoquer un parlement. Quei qu’il en fût, le temps lui manqua pour revenir sur ses pas. Il fut pris d’une attaque d’apoplexie le 12 février 1685, éluda l'offre des sacrements que lui fit un évêque anglican et les reçut en secret d'un prêtre catholique mandé par le duc d’York. Il mourut en catholique tiède, après avoir vécu en épicurien (16 février).

Le duc d’York, devenu le roi Jacques IT, occupa, sans la moindre opposition, ce trône d’où un parti puissant avait prétendu l'exclure. Il exerça aussitôt son culte avec éclat dans sa chapelle royale et ouvrit les prisons aux catholiques et aux dissidents qu’on y avait entassés pour refus de serment, mais, par compensation, il protesta qu’il maintiendrait le gouvernement légal de l’Église et de l’État, et convoqua des parlements en Angleterre et en Écosse. L'opinion publique lui en sut gré, quoiqu'il eût débuté en même temps par la prorogation arbitraire des impôts éteints avec Charles IT. Le pariement d'Écosse donna l'exemple du royalisme au parlement d’Angleterre. Il rejeta avec horreur les maximes contraires à l’autorité sacrée et absolue du monarque, et lui accorda l'impôt pour toute la durée de son règne. Le parlement anglais octroya également l'impôt viager. Sur ces entrefaites, une double attaque fut tentée du dehors contre le nouveau roi. Le duc de, Monmouth et le comte d'Argyle, à la tête de quelques centaines de whigs, de dissidents et de républicains réfugiés en Hollande, descendirent, l’un en Angleterre, l’autre en Écosse {mai-juin 1685). Les autorités municipales d'Amsterdam avaient fermé les yeux sur les préparatifs des réfugiés, et Monmouth, qui prétendait avoir des droits à la couronne d’Angleterre, Charles IT ayant, disait-il, épousé secrètement sa mère, avait promis aux républicains anglais de ne pas s’arroger le titre de roi s’il réussissait, mais d'attendre la décision du parlement. Monmouth, débarqué le 21 juin sur la côte de Dorset, lança une proclamation contre « l'usurpateur Jacques d’York », qu'il accusait de toutes sortes de crimes, entre autres d’avoir empoisonné Charles IT; il ramassa

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