‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 177 sur 341 · FÉNELON ET BOURGOGNE · texte numérisé non relu

FÉNELON ET BOURGOGNE

thie entre ces deux natures : on peut répéter sur ce point à l'égard de Fénelon ce que nous avons déjà dit de La Fontaine. Maintenon, Beauvilliers et Chevreuse n’osant point presser assez énergiquement le roi de faire la paix, Fénelon prit le parti d'intervenir directement par cette fameuse lettre anonyme que nous avons citée plus haut! et qui contient sa politique extérieure. On doit convenir que c’est la destruction de la politique nationale au profit d’une forme surannée du droit des gens. A l’intérieur, quant au gouvernement de la société, on va voir dans quelle direction il poussa son élève.

L'éducation du duc de Bourgogne présenta, dès l’origine, un contraste presque complet avec la célèbre éducation du dauphin ?. D'un côté, il n’y avait eu ni familiarité, ni intimité entre le maître et le disciple, l’austère génie de Bossuet ne sachant pas se faire petit avec les petits ; l’enseignement avait été donné de haut et à distance, avec les vieilles rigueurs scolastiques comme moyen de coercition. De l’autre côté, les deux existences du précepteur et de l'élève furent mêlées à n’en plus faire qu’une : l’élève, conduit par l'affection et par la raison, fut habitué à ne sentir, à ne vivre que dans son maître. Le succès fut aussi différent que les méthodes : il est vrai que les deux illustres maîtres avaient eu à travailler sur des naturels bien différents ; le dauphin, né sans vertus et sans vices, resta médiocre, tel que la nature l'avait fait : le duc de Bourgogne , né avec les germes de grands vices et d’éclatantes vertus, étouffa, par la force de la volonté et de l'esprit religieux, la violence, l’orgueil, lobstination qui avaient signalé son enfance, donna à ses facultés intellectuelles et morales tout le développement qu’elles pouvaient recevoir et devint tel, sous la main de Fénelon, que l’heureux maïtre n’eut plus, en quelque sorte, qu’à modérer son ouvrage.

Il faut maintenant, comme nous avons fait pour Bossuet, suivre le développement de la pensée de Fénelon dans les livres écrits pour son élève. On le voit d’abord éveiller cette jeune intelligence par une série de Fables, qui commencent par les récits les plus enfantins pour arriver à de petits poëmes moraux très-hardis de

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