‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 178 sur 341 · V. ci-dessus, p. 18v · texte numérisé non relu

V. ci-dessus, p. 18v

2, V. notre t. XIII, p. 244 et suivantes.

tendance‘; puis aux Fables succèdent les Dialogues des Morts. Fontenelle avait déjà récemment mis aux prises, d’une façon piquante et paradoxale, les morts fameux de l’histoire ancienne et moderne : Fénelon reprend ce thème dans un but plus sérieux. 11 flétrit le despotisme oriental, « ce gouvernement barbare où il n’y a de lois que la volonté d’un homme » : il condamne les conquêtes ; « toutes les guerres sont des guerres civiles : chacun doit infiniment plus au genre humain, qui est la grande patrie, qu'à la patrie particulière dans laquelle il est né » ; il balance ce que cette maxime peut avoir de dangereux par de très-saines notions sur la société, sur la patrie, qui efiste, non par une convention arbitraire, mais par la nature des choses, par la raison, qui est la vraie nature des animaux raisonnables ; il va jusqu’à avancer qu’on n’est pas libre de renoncer à sa patrie. « L’anarchie n’est le comble des maux que parce qu’elle est le plus extrême despotisme…... Il faut un milieu... des lois écrites, toujours constantes et consacrées par toute la nation, qui soient au-dessus de tout... une liberté modérée par la seule autorité des lois, dont ceux qui gouvernent ne devraient être que les simples défenseurs. Celui qui gouverne doit être le plus obéissant à la loi. Sa personne détachée de la loi n’est rien ?. »

Parmi ces vues nettes et simples, il laisse échapper des idées plus hasardées , qui ne sont pas une boutade ni un accident chez lui. Il haït les complications, les raffinements, les relations multiples de la civilisation : Solon, dont il emprunte la voix {Solon et Justinien), ne voudrait ni dispositions par testament, ni adoptions, ni exhérédations , ni substitutions, ni échanges : il ne voudrait qu'une étendue très-bornée de terre dans chaque famille ; que ce bien fût inaliénable, et que le magistrat le partageât également aux enfants, après la mort du père. Quand les familles multiplieraient trop, on enverrait une partie du peuple fonder une colonie. Ce n’est là sans doute qu’un idéal en partie irréalisable à ses propres yeux ; mais il s’y complait : faute d'admettre le progrès nécessaire de la société, il donne l’exemple, qui sera suivi par un philosophe plus radical, de reporter l'idéal en arrière.

1. V. le Nil et le Gange; Œuvres de Fénelon, t. II, p. 599. 2. V. les Dialogues de Socrate et Alcibiade, et de Coriolan et Camille.

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