‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 181 sur 341 · LOUIS XIV ET FÉNELON · texte numérisé non relu

LOUIS XIV ET FÉNELON

prouvaient les négociations de Ryswick; mais son esprit restait inabordable à toute idée de réforme politique, et l’on ne pouvait, sans chimère, se flatter qu’il en fût autrement : le pouvoir absolu était devenu comme le fond même de son être. Louis était déjà en défiance contre ce qui transpirait par les amis de Fénelon et par Fénelon lui-même, quoiqu'il ne parût pas soupçonner en lui l’auteur de la lettre anonyme. I] lui accorda une faveur qui n’était qu'un commencement de disgrâce ; il lui donna l’archevêché de Cambrai (février 1695), quand ses amis espéraient pour lui, dans un prochain avenir, l’archevèché de Paris. C'était l’éloigner de la cour pendant les trois quarts de l’année. Fénelon était trop scrupuleux pour transgresser les canons qui obligeaient les évêques à résider au moins neuf mois par an. Le nouvel archevêque garda cependant le titre de précepteur et se fit suppléer par le savant et pieux abbé Fleuri auprès du jeune prince. Sur ces entrefaites, Louis voulut s’éclaircir à fond sur les idées de Fénelon : cette conversation fut décisive. « Je viens d’entretenir le plus bel esprit et « le plus chimérique de mon royaume.» Tel fut l’arrêt sans appel prononcé par le Grand Roi. Fénelon avait heurté cet esprit à la fois si net et si limité, et par ce qu’il y avait de trop vaste et par ce qu’il y avait de trop peu pratique dans ses vues.

Cet incident ne fut pourtant pas la cause directe de la chute de Fénelon. La religion et non la politique fit éclater l’orage. Ce réformateur politique n’était pas moins zélé pour la réforme des âmes que pour la réforme de la société et voulait atteindre l’intérieur aussi bien que l’extérieur de l’homme, mais par un chemin tout opposé à celui qu’avaient pris les hommes de la voie étroite, Jansénius et Saint-Cyran. Le jansénisme était une espèce de rationalisme retourné contre la raison, une foi dialectique et militante, un combat éternel contre les autres et surtout contre soi-même. Fénelon veut, en matière de piété, le sentiment à la place, nous ne dirons pas de la raison, mais du raisonnement, la paix dans l'âme au lieu de la guerre, la contemplation et l'abandon passif à l'amour divin au lieu de l’effort inquiet et violent sur soi-même : il veut que l’âme s’oublie pour Dieu et en Dieu au lieu de se hair

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