‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 184 sur 341 · FOURS MINE · texte numérisé non relu

FOURS MINE

vité, parce que, Dieu étant dans un repos infini, il faut que l’âme, afin de pouvoir être unie à lui, participe à son repos. On peut arriver à la possession non pas des dons de Dieu, mais de Dieu même, dès cette vie, et passer ainsi à un état de vie déiforme, à une vie nouvelle et toute divine. Les Torrents enseignent la voie qui y conduit. À travers d’étranges ténèbres, il y a dans ce livre une grandeur d’images et une profondeur de sentiment surprenantes. Les âmes dont il s’agit sont des torrents sortis de Dieu, qui n’ont point de repos qu’ils ne soient retournés se perdre en lui et pour ne jamais se retrouver : ils ne perdent pas toutefois leur nature ni leur réalité, mais leur qualité. L'âme ne voit plus Dieu comme distinct et hors d’elle, l’ayant en elle. Plus de désirs; plus même d'amour, de lumières ni de connaissance; plus de conscience, mais l'identité. Tout est égal à cette âme; car tout lui est également Dieu : elle ne voit plus que Dieu, « comme il étoit avant la création ». Ce n’est point là cette extase des voyants, des prophètes, qu'admirent les hommes : l’extase, qui cause la perte des sens, n’atteste que l’insuffisance d’une âme qui n’est pas assez forte pour porter Dieu : l'âme arrivée à la vie parfaite est en extase sans effort, pour toujours et non pour des heures, et les hommes ne le voient pas.

L'âme, dans cet état, tant qu’elle ne retire pas son abandon à Dieu est infaillible : toutes les créatures la condamneraient « que cela lui feroit moins qu’un moucheron‘! »

Jamais la théorie du mysticisme n’avait été formulée avec plus d’audace ni peut-être avec plus de génie.

La persécution ne se fit point attendre. Les Torrents étaient encore inédits et inachevés. Madame Guyon, étant venue à Paris, fut d'abord inquiétée pour ses mœurs plus que pour ses livres. On l’accusa de molinosisme. Elle se justifia sans peine : sa pureté était aussi éclatante que celle de Fénelon. Cette première persécu: tion avortée amena une vive réaction en sa faveur dans la société de madame de Maintenon : les Beauvilliers et les Chevreuse furent entièrement subjugués; Fénelon se lia étroitement avec elle et, dans leurs relations, ce fut elle qui prit la supériorité, ce qui peut

1. Opuscules de madame de La Mothe-Guyon, t. 1°", p. 66, 68, 72, 77, 231, 248, 255, 256.

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