‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 190 sur 341 · BAYLE · texte numérisé non relu

BAYLE

moins nettement, les défectuosités des diverses philosophies et se sentait plus apte à les critiquer qu’à les perfectionner. Entre les dogmes religieux, il s’acharne surtout contre la prédestination, et rien n’est plus naturel, puisque c’est dans ce dogme, comhiné avec celui des peines éternelles, qu’est le principe du fanatisme : il s’en va exhumer le vieux manichéisme, tout en le déclarant contraire à toute raison, pour l’opposer à la prédestination, et en fait ressortir implicitement la conclusion que, s’il est impossible de comprendre qu’il y ait deux dieux, l’un auteur du bien et l’autre auteur du mal, il est également impossible de comprendre que le Dieu unique et parfait soit directement ou indirectement auteur du mal, et crée des êtres dans la prévision qu’ils seront damnés; après quoi il conclut qu’on doit faire taire la raison devant la foi et croire la prédestination comme les autres mystères, sans les comprendre !.

Cette conclusion, évidemment, n’est pas sérieuse, et personne ne peut s’y tromper. Néanmoins on reste en doute sur l'opinion réelle de Bayle quant au principe religieux en général, et spécialement quant à Jésus-Christ. Cette incertitude n’existe pas pour la morale : Bayle semble se rattacher à la morale, comme à un dernier point d'appui dans le naufrage des autres croyances. De là, son hostilité contre Spinoza, dont il ne comprend pas la doctrine transcendante et chez qui il ne voit qu’un destructeur du droit et du devoir. Mais cette morale qu’il défend avec une énergie désespérée, on peut lui demander, à son tour, qui l’en assure. — Au fond, c’est la conscience, le sentiment; mais il n’en a pas la théorie, et puis, on ne peut faire cette théorie sans commencer par assurer la pensée d’elle- même et par rentrer dans la métaphysique dogmatique. Il ne le fait pas et, après lui, d’autres viendront qui nieront la morale et la conscience avec tout le reste.

Voilà donc le fruit des persécutions religieuses et de lunité de croyance imposée par la force matérielle ! On a brisé matériellement le protestantisme en France, et ce n’est pas Jurieu qui le relèvera; mais voici le vengeur qui s’est levé et qui appelle de

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