‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 192 sur 341 · LIVRE LXXXIX LOUIS XIV (SUITE · texte numérisé non relu

LIVRE LXXXIX LOUIS XIV (SUITE

Économte socrALe. DrpLomaTtiE. — Situation économique de la France. Administration, finances, commerce. Mémoires des intendants. Misère publique, VauBax. Bois-Guillebert. — Affaires des protestants. — Affaires étrangères. Succession d'Espagne. TesrAmenT De Cuares Il. Le second des petits-fils de Louis XIV appelé au trône d'Espagne.

L'histoire des idées nous a montré la France de Louis XIV tendant, pour ainsi dire, à se défaire : l’examen de l’état matériel du pays donne le même résultat. La conditien économique du peuple était très-mauvaise; les ressorts du gouvernement, tendus avec excès, faisaient saillir tous les défauts de l’ordre social, et surtout l’organisation défectueuse des charges et des revenus publics. L’évident épuisement du peuple avait contribué, au moins autant que la question de la succession espagnole, à décider Louis XIV à la paix. Les mieux intentionnés entre les conseillers du roi lui avaient suggéré la pensée d’une vaste enquête sur l’état de la France. (était la seule base sur laquelle on püt essayer d'établir les réformes auxquelles aspiraient les meilleurs esprits. L'enquête fut commencée aussitôt après la paix : des mémoires furent demandés à tous les intendants sur les provinces qu’ils administraient. On ne devait pas s’en tenir là. Un plan beaucoup plus efficace avait été conçu au sein du petit groupe réformateur, que la disgrâce de Fénelon avait affligé, mais non découragé. Beauvilliers, échappé à l'orage qui avait abattu son ami et maintenu dans son poste de ministre d’État et de chef du conseil des finances, engagea le roi à rendre les intendants mobiles et à les faire circuler de province en province, à la façon des missi dominici de Charlemagne : on eût contrôlé les

uns par les autres les rapports qu'ils eussent envoyés successivement sur toutes les parties de la France et, dans l’espace de quelques années, on eût ainsi rassemblé une complète statistique du royaume, qui eût permis d’opérer en pleine connaissance de cause toutes les améliorations désirables. Les instructions destinées aux intendants furent rédigées en commun par Beauvilliers et par le duc de Bourgogne, qui, dans un si jeune âge (il n’avait que dix-huit ans en 1700), s’appliquait déjà aux matières d’état avec l’assiduité soutenue d’un homme fait '. Les événements qu’amena l'ouverture de la succession d’Espagne firent ajourner ce projet, et les intendants, à leur grande satisfaction, restèrent cantonnés comme de petits dictateurs provinciaux, au lieu de devenir des commissaires ambulatoires. Le conseil se contenta des mémoires qu’ils expédièrent chacun sur leur province et qu’ils rédigèrent, pour la plupart, avec peu de soin et d'étude : on sent, à les lire, qu’ils n'étaient plus contenus et dirigés par les fortes mains des Colbert et des Le Tellier ?. Ces mémoires n’en renferment pas moins de nombreux et précieux renseignements. On y voit que la population de la France, vers 1700, dépassait 19,000,000 d’âmes : Paris avait, dit-on, 720,000 habitants ; la Bretagne, 1,655,000; la Normandie, 1,540,000; la Flandre et le Hainaut français, alors plus étendus que notre département du Nord, seulement 582,000; la Picardie, seulement, 519,500; la Champagne, 695,000 ; la Bourgogne, avec la Bresse et annexes, 1,266,000; le Dauphiné, 543,000; le Languedoc 1,440,000, la Haute et Basse Guyenne, 2,266,000; l'Alsace, toujours foulée par les armées, seulement 245,000. D’après l’opinion de Vauban *, ces chiffres ne présentent pas une entière certitude, et ceux qui regardent Paris et quelques autres

1. Voyez cette pièce dans Boulainvilliers; État de la France, t. If, et dans la Vie du Dauphin, père de Louis XV, par l'abbé Proyart, t. I®, p. 240-272. Louis XIV avait fait entrer le duc de Bourgogne au conseil des dépêches dès octobre 1699.

2. Les Mémoires des intendants (42 vol. in-folio) sont aux Mss. de la Bibliothèque. Boulainvilliers en a donné une analyse fort étendue en 3 vol. in-folio (ou 6 in-12) gous le titre d'État de la France (publié en 1727).

3, V. Vauban, Dime royale, p. 121, ap. Économistes financiers du xvitre siècle, commentés par M. E. Daire; 1843. Suivant Vauban, la population féminine dépassait la masculine de près d’un dixième.—Les chiffres de Vauban, reproduits dans les comptes de Mallet, ne sont pas tous d'accord avec ceux de Boulainvilliers.

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