‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 196 sur 341 · BOIS-GUILLEBERT · texte numérisé non relu

BOIS-GUILLEBERT

l'argent aussi s'arrête court dans les fortes mains (dans les mains des capitalistes), qui aiment mieux alors perdre le profit que de risquer le principal, et il ne sert plus à rien. Quand l'argent s’arrête, le pays est paralysé. « L'argent forme pour autant de revenu qu’il fait de pas ». La richesse d’un pays est donc dans la fécondité en denrées, et dans la grande consommation, qui fait qu’un million (argent) y fait plus d’effet que dix millions là où il n’y a pas de consommation, ce million se renouvelant mille fois (par la circulation). — Il sent profondément la solidarité de toutes les classes et démontre comment la misère de l’agriculteur, qui est la base de la société, doit entraîner la ruine du reste. Il proclame la solidarité d'intérêt, non-seulement d’homme à homme, nonseulement de province à province dans un même état, mais de peuple à peuple. — Tout vendeur doit être acheteur, et réciproquement. Tout échange doit être profitable aux deux parties, dans l'intérêt général. Il faut, pour cela, concurrence et liberté des producteurs. La nature veut la liberté de l’industrie, et cette liberté peut seule paralyser les efforts tyranniques de la cupidité et de l’égoisme. C’est à la nature, et non aux hommes, qu’appartient la police de l’ordre économique ".

La doctrine de l’économie politique libérale est tout entière dans cet axiome.

Les conclusions pratiques de Bois-Guillebert sont le changement du système d'impôts. L’impôt, suivant lui, n’est pas trop fort : il n’est que mal réparti. On pourrait même l’augmenter beaucoup sans inconvénient : la France, sous un bon régime, pourrait donner au roi jusqu’à 300 millions de revenu! IL faut rendre 1° la taille équitable, en rendant les faveurs et les énormes inégalités actuelles impossibles par un dénombrement et par des rôles dressés suivant un plan qu’il expose; 2° supprimer les aides, les douanes provinciales et les droits à l’entrée des villes ?; 3° compenser ces suppressions par l'augmentation de la taille réformée et par un impôt sur les cheminées; 4° adopter le sys-

1. Nos citations ne sont pas toutes prises dans le Détail de la France, mais aussi dans les ouvrages postérieurs de Bois-Guillehert; le Traité des Grains; la Dissertation sur les richesses, l'argent et les tributs, et le Factum de la France.

2. La suppression des impôts de consommation ferait éclore 100,000 cabarets en

Buit jours, s’écrie-t-il avec un naïf enthousiasme, XIV 2

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tème établi en Angleterre depuis 1688 pour relever le prix des grains, non-seulement par la liberté d'exportation, mais par des primes à l'exportation et par des entraves à l’importation; c’està-dire faire tout le contraire de ce qu’on était habitué à faire en France.

Si l’avilissement du prix des grains a de graves inconvénients, la hausse factice , la théorie du pain cher dans l'intérêt du peuple, n’est pas soutenable; elle est d’ailleurs contradictoire avec les principes de liberté commerciale posés par Bois-Guillebert. Quant à la réforme consistant à supprimer les impôts indirects, payés par tout le monde, pour grossir l'impôt direct payé seulement par le peuple taillable, il se fait de grandes illusions sur le résultat : c’est trop ou pas assez : ce n’est là qu'une demi-révolution, et presque une révolution en arrière : ces conclusions répondent mal à des prémisses si hardies. x

Un esprit moins emporté dans la spéculation, mais beaucoup plus complet et plus pratique, mürissait pendant ce temps un projet bien autrement large et logique. Vauban avait commencé, depuis vingt ans, à lui seul, une enquête analogue à celle dont le conseil du roi chargeait tous les intendants du royaume. De cette même main qui fortifiait la France, il traçait des plans admirables pour l’amélioration du sol qu’il avait si bien mis en défense' : la canalisation du territoire , aujourd’hui presque achevée, n’est que l'application de ses patriotiques desseins. En même temps, il créait en quelque sorte la statistique par les renseignements de toute nature qu’il recueillait dans ses voyages continuels à travems le royaume? : il y dépensait tous les biens dont le roi avait payé ses services; les détails les plus infimes sur les der-

1. Il n’est pas sans importance de remarquer ici que le système général de défense du royaume, tel que Vauban l’exécuta, n’était pas entiérement le sien. Sa correspondance avec Catinat montre qu’il n’approuvait pas une multiplication aussi excessive des places fortes. C’est un inconvénient, écrivait-il, dont on s’apercevra quand on ne sera plus autant en état d'attaquer que de se défendre. V. Mém. de Catinat, t. Ier, p. 34.

2. D’après le détail qu’il donne d’une lieue carrée de terre ordinaire prise comme étalon, la proportion entre la culture des céréales et les cultures fourragères était déjà tout à fait rompue : — Sur 4688 arpents, il y en avait 2707 en labours, 500 seulement en prés et 236 en terres vagues. Les moindres terres rendaient de 3 1/2 à 4

semences pour une : les bonnes 10, 12 et jusqu'à 15 semences, — Dime Royale, p. 121, :

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