‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 3 sur 341 · LE PELLETIER ET LOUVOIS · texte numérisé non relu

LE PELLETIER ET LOUVOIS

sait ordinairement par s’en apercevoir. C’est là l'explication de celte inconstance qui lui a été reprochée envers ses ministres, et aussi de la faveur qu’il finit par accorder à des hommes que leur médiocrité mettait à l'abri de telles ambitions. Une seule personne garda sur lui, jusqu’à son dernier jour, un pouvoir, sinon illimii6, du moins inébranlable ; mais cette personne était madame de Maintenon et ia vie entière de Maintenon fut le chef-d'œuvre de l'esprit de conduite.

Louvois, comme avait fait autrefois Colbert, tenta de prendre le roi par ses goûts. A peine installé dans la surintendance des arts et bâtiments, il voulut faire oublier Colbert par de gigantesques travaux. Il poursuivit avec vigueur l’achèvement de Versailles, où la cour était installée à demeure depuis 1682 , le roi ayant cessé de partager son temps entre cette résidence principale et les autres châteaux !. Louvois compléta le palais de Versailles en élevant les deux ailes, les écuries et la magnifique orangerie abritée entre les deux escaliers babyloniens de la prodigieuse terrasse ?. La construction de l’aile du nord fit disparaître la Grotte de Thétis, théâtre et monument symbolique des amours du royal soleil. Louis sembla effacer ainsi les souvenirs de sa jeunesse, au moment où il passait des bras de La Vallière et de Montespan sous la pieuse discipline de Maintenon.

L'architecte de Versailles, Hardouin-Mansart, édifiait, sur ces entrefaites, une nouvelle résidence royale sous les ordres de Louvois. Avant même que d’être fixé tout à fait à Versailles, Louis, par moments « lassé du beau et de là foule, » s'était persuadé « qu’il voulait quelquefois du petit et de Ia solitude © » : il avait parcouru les collines pittoresques, les vertes châtaigneraies, les vallons abrités et profonds qui s’étendent entre Versailles et Saint- Germain, et là, près du lieu où l’on construisait la fameuse machine destinée à élever les eaux de la Seine au niveau du pla-

1. Il continua cependant d’aller passer chaque année une partie de l'automne à Fontainebleau.

2, La disposition de la terrasse et du double escalier rappelle la colline taillée où s'élevait le palais royal de Persépolis (Tchelminar}). Le voyageur Chardin en avait rapporté récemment les dessins, qui purent fournir des inspirations à Mausart et à Lenostre. Nous devons cette remarque au savant M. Guigniaut.

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