Noailles, Hist, de madame de Maintenon, t. Il, p
avait des contrées de vingt et trente paroïsses où l’on n’avait pu parvenir à faire un seul catholique, ni même à en établir un seul du dehors. Beaucoup des prétendus convertis se présentaient à l'église pour les principaux actes de la vie civile, puis n’y revenaient plus; mais une foule d’autres ne s’y présentaient jamais et se mariaient, baptisaient leurs enfants, enterraient leurs morts en secret. Une confusion déplorable s’introduisait dans l’état des personnes.
Le conseil délibéra longuement sur les affaires des protestants. Pontchartrain insinua la tolérance au nom de la raison d'état, et conseilla de consulter quelques évêques et quelques magistrats éminents. L’archevèque de Paris, Noailles, alors en grand crédit, fut naturellement le premier appelé à donner son avis. Il le fit sans réserve en faveur de la tolérance et rappela que les premiers empereurs chrétiens ne forçaient ni les païens ni les hérétiques à venir aux églises, ne leur enlevaient point leurs enfants, leur laissaient contracter des mariages qui n'étaient que des contrats civils et les rompre par le divorce, comme le permettaient les lois civiles. Il pria le roi de l’autoriser à demander avis par écrit à tous les évêques. Il espérait que l'expérience aurait ramené la majorité de ses confrères à des sentiments pareils aux siens. Il se trompa. Le plus grand nombre des évêques se prononcèrent pour la continuation de la contrainte. « On a employé la force à leur ôter leur religion, et maintenant qu’ils n’en ont plus aucune, n'est-il pas devenu nécessaire de leur en donner une par force? » Ce mot d’un des prélats exprime avec une franchise cynique lopinion de la majorité. On voit avec peine que le célèbre évêque de Nimes, Fléchier, ne soutient nullement, dans cette occasion décisive, la réputation évangélique qu’on lui a faite et qu’il mérita sous d’autres rapports. Il veut, lui aussi, « une contrainte salutaire ». L’évèque de Chartres, Godet-Desmarais, le directeur de madame de Maïintenon, est le plus net et le plus violent de tous. « Si l’on n’a pas fait difficulté, dit-il, de recevoir l’abjuration « d'un grand nombre de calvinistes dont on pouvait craindre que « la conversion ne fût pas sincère, pourquoi se fera-t-on aujour- « d'hui de la difficulté de les contraindre par les mêmes voies à « recevoir les sacrements? » Et il réfute la crainte qu’on manifeste