‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 203 sur 341 · AFFAIRES DE POLOGNE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE POLOGNE

matie française n'avait cessé de pousser Sobieski à rompre avec l'Autriche et à traiter avec le Turc. On n'avait réussi qu’à lui faire ralentir, mais non cesser la guerre. À la mort de Sobieski, Louis XIV renouvela, pour faire élire un prince français roi de Pologne, les tentatives qu’il avait déjà faites autrefois lors de l’abdication de Jean-Casimir. Le prince de Conti fut le candidat proposé par la France. L'empereur, le pape, les jésuites et la Russie se réunirent pour appuyer l'électeur Auguste de Saxe. L’électeur venait d’abjurer, en vue du trône de Pologne, et le pape trouvait tout simple de récompenser le chef héréditaire du parti luthérien d’être rentré dans l’église romaine. Les jésuites, qui n'étaient que trop puissants en Pologne, redoutaient les relations jansénistes des Conti. Quant au jeune tzar Pierre, il voulait que la Pologne restât son alliée, son instrument contre le Turc et le Suédois, et craignait que l'esprit français ne vint réorganiser ce pays. Il avait bien choisi son candidat : le roi saxon devait commencer la ruine de la Pologne! |

La détresse financière de la France ne permit pas de faire à temps les sacrifices nécessaires dans une affaire où l’argent devait jouer un grand rôle. L’électeur de Saxe, au contraire, épuisa ses états pour s'acheter des partisans et des soldats. Le prince de Conti eut cependant la majorité et fut proclamé roi à Varsovie le 27 juin 1697; mais la minorité proclama et appela l'électeur, qui accourut avec des troupes saxonnes et qui se fit sacrer roi de Pologne à Cracovie (15 septembre). Conti, retardé par une flotte anglaise qui lui avait barré le passage, n’arriva par mer que le 26 septembre à Dantzig, qui refusa de le recevoir. Le prince n’amenait ni troupes ni argent. L’électeur avait eu, au contraire, tout le temps d'organiser ses ressources. Les Russes menaçaient la Lithuanie. Conti, abandonné d’une grande partie de ses adhérents, quitta la partie et revint en France dès le mois de novembre. On dit qu’une passion pour la duchesse de Bourbon, une des filles naturelles du roi, avait contribué à retarder le départ et à hâter le retour du prince, qui ne répondit pas, dans cette grande occasion, à l'opinion qu’on avait de ses talents. . Dès l’année suivante, Auguste de Saxe fut reconnu roi de Pologne par toute l’Europe, même par la France.

Louis XIV ne réussit pas mieux en Turquie qu’en Pologne. Après avoir inutilement engagé la Porte à prendre part aux négociations générales de Ryswick, il eût voulu maintenant l’empêcher de faire la paix, afin de se conserver une diversion redoutable pour le moment où s’ouvrirait la succession d’Espagne; l'intérêt de la Porte n'était pas en effet de conclure une paix qui, après la défaite que le sultan avait essuyée en 1697, à Zenta sur la Theiss, contre le prince Eugène de Savoie, ne pouvait être que désavantageuse et humiliante pour l’empire othoman ; mais la Porte était mal gouvernée et la France mal représentée à Constantinople. L’ambassadeur Fériol blessa le divan par son mépris maladroit pour les usages othomans et ne sut prendre aucune influence, tandis que les agents d'Angleterre et de Hollande gagnaient ou dominaient les ministres othomans et leur imposaient la médiation partiale de Guillaume III et des États-Généraux. Dans les derniers jours de l’année 1698 et les premiers de 1699, la Turquie signa, à Carlowitz, une trêve de deux ans avec la Russie, une trêve de vingt-cinq ans avec l’empereur et la paix avec la Pologne et Venise. Le sultan céda à l’empereur la Transylvanie et les conquêtes impériales de Hongrie, aux Russes Azof, à Venise la Morée, et rendit Kaminiek à la Pologne. Pour la première fois, l'empire othoman reculait et se reconnaissait vaincu par un traité de paix. Il honora du moins ses revers en refusant de livrer l’illustre chef des Hongrois, Tekeli, à la vengeance autrichienne,

L'Europe entière fut ainsi en paix, à la fin du xvir: siècle, mais pour une année à peine. La guerre devait renaître avec le siècle nouveau, d’abord dans le Nord, puis dans le Midi. L’Autriche se trouva en état, aussi bien que la France, de ne plus songer qu’à l'héritage d'Espagne. La Russie eut les mains libres pour pousser la Pologne et le Danemark sur la Suède. Léopold, craignant le renouvellement de l’ancienne alliance franco - suédoise entre Louis XIV et ce jeune Charles XII qui annonçait un autre Gustave-Adolphe, ménagea au tzar Pierre une prolongation de trêve avec la Turquie. Le tzar, après avoir conquis un débouché sur la mer Noire, voulait à présent se faire place sur la Baltique : Le rôle curopéen de la politique russe commençait.

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