‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 207 sur 341 · TRAITÉS DE PARTAGE · texte numérisé non relu

TRAITÉS DE PARTAGE

partage et le testament. Le prince de Bavière mourut à sept ans, le 8 février 1699. Le cabinet impérial fut violemment soupçonné d’avoir fait périr par le poison le petit-fils de l’empereur : les liens du sang, lorsqu'il s’agit de l'Autriche, ne suffisent pas pour rendre un tel soupçon absolument invraisemblable ; néanmoins aucun indice n’est mentionné qui autorise l’histoire à insister sur l’accusation.

Louis XIV persista dans sa politique de transaction et fit de nouvelles ouvertures à Guillaume III. On ne pouvait plus maintenant éviter de faire une large part, et même la plus large, à la maison d'Autriche ; car il était évident que les deux puissances maritimes n’accorderaient pas plus à la France l'Espagne et les Indes que la Belgique. Louis, de lui-même, proposa l'Espagne et les Indes pour l’archiduc, à condition que la couronne d’Espagne ne pût jamais être réunie à la couronne impériale et en ajoutant le Milanais au lot que faisait à la France le premier projet de partage. Quant à la Belgique, on la donnerait à un tiers. Guillaume consentit, sauf modifications, mais différa de signer, pour tâcher, disait-il, d'amener l’empereur à donner son adhésion. L’empereur, après bien des délais, refusa. Guillaume traîna encore la signature en longueur : le second traité de partage fut enfin conclu à Londres et à La Haie les 13 et 25 mars 1700. Une modification très-sage avait été faite aux propositions de Louis XIV : c’est que la France, au lieu du Milanais, aurait le duché de Lorraine, et que le duc de Lorraine deviendrait duc de Milan. Louis avait consenti que la Belgique fût ajoutée au partage de l’archiduc. Trois mois étaient donnés à l’empereur pour adhérer : sur son refus définitif, la part de l’archiduc passerait à un tiers, qu’on ne désignait pas : ce tiers était le duc de Savoie. L’envoi de l’archiduc en Espagne ou en Italie serait considéré comme une rupture.

Ce pacte, par lequel un des prétendants et deux puissances étrangères disposaient arbitrairement de la monarchie espagnole au nom de l’équilibre européen, fut communiqué officiellement à la diète de Ratisbonne et aux divers états de l’Europe. Le duc de Lorraine accepta le sort qu’on lui offrait : tous les autres princes et états évitèrent de s'engager à garantir le traité et attendirent les événements. Guillaume I et les États-Généraux ne

secondèrent que très-mollement les instances de Louis XIV à cet égard.

C’est que le second traité de partage n’était pas le dernier mot de Guillaume IIL, qui n’avait jamais voulu sérieusement donner aux Français la Méditerranée en leur donnant les Deux-Siciles. jl prétendait amener Louis XIV à échanger la Sicile et Naples contre les états de Savoie. On ignore les circonstances de cette négociation; mais on ne peut s'empêcher de regretter vivement que Louis XIV n’ait point accepté le plan de son ancien ennemi : la France eût heureusement étendu sa frontière ‘, tout en évitant pour elle et pour l’Europe une des plus terribles guerres qui aient désolé l’humanité : l'Angleterre et la Hollande eussent soutenu sincèrement une combinaison qui n’avait rien d’alarmant ni pour leur commerce ni pour leur territoire, et l'Autriche n’eût point été en état de s’y opposer ?. à

À la nouvelle du second pacte de partage, les cours de Vienne et de Madrid exprimèrent une égale irritation contre l'Angleterre et la Hollande : l’empereur se plaignit qu’on enlevât à sa maison l'Italie, qu'elle pouvait défendre, pour donner à son fils une monarchie impuissante et dépendante des deux états maritimes; il essaya d’amener Louis XIV à négocier avec lui directement et séparément, et ses ministres insinuèrent des propositions plus ou moins spécieuses à l’ambassadeur de France. L’ambassadeur de Louis XIV à Vienne, le marquis de Villars (depuis le célèbre maréchal de Villars), crut que l’empereur était sincère et qu’on obtiendrait de lui la Belgique, les Indes, d’autres possessions encore : il conseilla au roi de s’accommoder avec Léopold sans intermédiaire. Louis ne suivit pas ce conseil et pensa que Léopold n'avait d'autre but que de le brouiller avec Guillaume. De l’aveu de Villars lui-même, l’empereur, au moment où il faisait ces avances au roi, protestait à l’ambassadeur d’Espagne qu’il ne con-

1. Le Piémont eût pu un jour être cédé au duc de Milan dans quelque combiaaison européenne qui nous eût donné les provinces wallonnes.

2. Elle eût toutefois résisté de tout son pouvoir sur la question d'Italie. La combinaison qui eût le plus facilement écarté la guerre, eût été de donner l'Espagne et les Indes au duc de Savoie, les états espagnols d'Italie à l’archidue, les états de Savoie et la Lorraine à la France, et la Belgique au due de Lorraine. — Sur l'échange des états de Savoie avec Naples, voyez Mém. de Torci, p. 592.

Page 1