L'ESPAGNE ET L'EMPEREUR
sentirait pas au démembrement de la monarchie espagnole. Louis n'ayant pas donné dans les ouvertures de l’empereur, celui-ci, à l'expiration du délai fixé, réitéra son refus d'accepter le pacte de partage (18 août 1700).
À Madrid, la première explosion de colère causée par le traité fut suivie d’une opiniâtre lutte entre la reine et le cardinal Porto- Carrero. La reine, qui /avait un moment abandonné la cause autrichienne, par ressentiment de quelques mauvais procédés du cabinet impérial, et qui ne s'était pas opposée au testament en faveur du prince de Bavière, était revenue à son ancien parti; elle extorqua de Charles I l'envoi d’un ambassadeur extraordinaire à Vienne avec de nouvelles instructions pour appeler l’archiduc en Espagne (fin avril 1700). L'empereur n’osa expédier tout de suite son filsen Espagne, ni ses troupes à Milan et à Naples, ce qui eût été une déclaration de guerre aux auteurs du partage. Ses délais lui coûtèrent cher. Pendant ce temps, presque tous les conseillers de Charles IE pesaient en sens contraire de la reine. Jugeant qu’il y avait plus de chance de maintenir l’intégrité de la monarchie avec un prince français qu'avec un prince autrichien, ils pressaient Charles de tester en faveur d’un des petits-fils de Louis XIV. Le pauvre prince ne demandait qu'à mourir en repos et ne pouvait l'obtenir. Incapable de juger par lui-même de ses devoirs et tourmenté de la peur d’emporter dans l'autre monde le poids d’une injustice, il faisait consulter en Espagne et en Italie les théologiens et les jurisconsultes les plus renommés sur les droits respectifs des prétendants. Il eût volontiers consulté tout le monde, excepté ceux-là seuls auxquels il appartenait de décider la question, les cortes d'Espagne : il avait gardé par tradition cette horreur des assemblées nationales que professait Louis XIV par système. Le nonce du pape, à l'instigation de Porto-Carrero, lui suggéra de demander avis au Saint- Père. Un courrier partit de Madrid pour Rome dans le courant de juin. L’ambassadeur d’Espagne à Rome, partisan de la France, communiqua les dépêches au représentant de Louis XIV. Bien qu’informé ainsi des intentions favorables du conseil d'Espagne,