EUGÈNE ET CATINAT
l'étaient fort mal, achevait de rendre la situation tout à fait fâcheuse. Les mouvements de Catinat et sa correspondance révélaient l'incertitude et le découragement. Eugène, lui, agissait avec une précision et une vivacité extraordinaires. Dans le courant de juin, il se saisit de l’Adige à Uastel-Baldo, du Tartaro, qui communique avec l’Adige par le canal Blanc, à Canda, du P6 à Ficcaruolo, et jeta des ponts sur ces trois cours d’eau. Catinat se rabattit sur le bas Adige et le Pô, vers Legnago, Carpi et Ostiglia. Eugène passa tout à coup le canal Blanc avec quinze mille hommes et prit à revers le détachement français posté à Carpi sur l'Adige : les Français se défendirent vaillamment; leurs dragons culbutèrent même les cuirassiers de l’empereur; mais il fallut céder au nombre, évacuer Carpi et même Legnago (9 juillet). Catinat, qui était à Ostiglia pendant l’action, voyant sa ligne rompue, se replia sur le Mincio. Les Piémontais avaient enfin rejoint et le duc de Savoie se rendit au camp le 25 juillet; mais la grande supériorité numérique due à ce renfort servit beaucoup moins que n’embarrassa la trop juste défiance excitée par le duc de Savoie. Catinat fut bientôt persuadé que cet étrange généralissime ne visait qu’à empêcher l’armée de vaincre. Eugène, cependant, avançait toujours ; le 28 juillet, il franchit le Mincio au-dessous de Peschiera, puis, s’engageant de plus en plus hardiment contre les règles ordinaires de la guerre, il gagna rapidement la rive gauche de lOglio à Palazzuolo. Il n’avait plus que cette rivière entre lui et le territoire espagnol. Catinat revint à la droite de lOglio pour couvrir le Milanais.
Le désappointement de Louis XIV était extrème : Catinat avait trompé toutes ses espérances et il ne voulait point apprécier les motifs qui excusaient l’insuccès de ce général; il ne voyait qu'Eugène forçant, avec trente mille hommes, des passages défendus par près de cinquante mille. Il résolut de remplacer sur-le-champ le général malheureux et ne vit rien de mieux à faire que « d’envoyer Villeroi en héros pour réparer les fautes de Catinat ‘. » C'était un nouveau signe de ce vertige qui avait travesti Chamillart en ministre des finances et de la guerre. Le maréchal de Vil-