‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 227 sur 341 · BOURGOGNE ET BOUFFLERS · texte numérisé non relu

BOURGOGNE ET BOUFFLERS

réchal de Boufflers, brave et digne soldat, qui tâchait de suppléer par son courage el son dévouement à l'épuisement de ses forces physiques, mais qui n’avait pas l'étendue ni la profondeur de vues nécessaires pour lutter Contre Marlborough.

Boufflers débuta par le passage de la Meuse : il se porta à Xanten, sur le Bas-Rhin, et coupa les communications entre le corps d'armée qui assiégeait Kayserswerth et deux autres corps ennemis postés entre le Bas-Rhin et la Basse-Meuse (fin avril); mais il n'empêcha pas ces deux corps, qui comptaient trente et quelques mille hommes, de se joindre à Clèves. Le duc de Bourgogne rejoignit Boufilers le 3 mai; mais il ne lui amena point l'artillerie, les équipages de pont ni les subsistances nécessaires pour agir contre des places aussi bien fortifiées que celles de la Hollande. Chamiliart n’avait rien su préparer à temps; on ne put que faire marcher un fort détachement pour tâcher de secourir Kayserswerth. Pendant ce temps, le général hollandais Coëhorn opéra une diversion contre la West-Flandre. Boufflers détourna les Hollandais de la Flandre en feignant de vouloir assiéger Grave; puis il marcha contre le camp de Clèves, que commandait le comte d’Athlone, Ginckel, le fameux lieutenant de Guillaume III dans la guerre d'Irlande. Le comte d’Athlone, un peu inférieur en nombre , évacua sa position et se replia sur Nimègue, poursuivi l'épée dans les reins par la cavalerie française, qui le chargea jusque sur le glacis de Nimègue. Les ennemis, quoique appuyés par le canon des remparts, ne purent soutenir ce choc ni le feu de l’artillerie française ; ils passèrent en désordre au travers et autour de la ville pour gagner le pont du Wahal, et mirent ce bras du Rhin entre eux et les Français (11 juin.) Le duc de Bourgogne fit preuve de valeur, de sang-froid et d'intelligence militaire dans cette affaire plus brillante que fructueuse , qui causa indirectement la perte de Kayserswerth. Boufflers, en effet, avait rappelé à lui, pour soutenir son mouvement, le corps qu’il avait chargé de secourir Kayserswerth et qui s'était établi sur la rive gauche du Rhin, dans une position qui gênait extrêmement les opérations des assiégeants sur la rive droite; à peine ce corps se fut-il éloigné, que les assiégeants occupèrent son poste, prirent la place à revers et l’écrasèrent. Elle se rendit le 15 juin, après

une résistance qui avait coûté aux ennemis deux mois et neuf à dix mille hommes.

Les deux armées se concentrèrent après ces premières opérations. Marlborough était arrivé. Les alliés , puissamment renforcés, devenaient supérieurs à leur tour et le roi venait de tirer des troupes des Pays-Bas pour l’Alsace menacée. On se replia sur la Gueldre espagnole. Marlborough franchit la Meuse (26 juillet) et menaça le Brabant. Les Français couvrirent le Brabant en se portant sur le Demer , et le duc de Bourgogne, ou plutôt son guide, Boufflers, manœuvra assez prudemment pour ne donner l’occasion à Marlborough ni d'entamer l’armée française ni de pénétrer en Brabant. Marlborough se dédommagea en entreprenant des siéges sur ses derrières. Boufflers n’avait pu couvrir le Brabant sans découvrir la Basse-Meuse : Marlborough, le 29 août, fit investir Venloo. Le duc de Bourgogne eût voulu secourir cette place : le conseil de guerre jugea l’entreprise impossible. Le jeune prince quitta l’armée dès le 6 septembre, pour n’avoir pas le chagrin de voir l'ennemi prendre les villes de son frère sans pouvoir s’y opposer. Boufflers abandonna la Basse-Meuse et se retira sur Tongres : il n’avait plus trente mille hommes disponibles, non compris les malades et les détachements, tant les corps étaient incomplets. Il lança un corps détaché vers le haut électorat de Cologne, pour tâcher de faire diversion outre-Rhin, mais l’ennemi ne lâcha point les places de la Meuse. Venloo capitula le 23 septembre; Stephanswerth le 2 octobre; Ruremonde le 6. Maître de la Basse-Meuse, Marlborough remonta ce fleuve vers Liége. Boufflers, inférieur de moitié à l'ennemi, se vit réduit à la dure nécessité d'opter entre la conservation de Liége et celle du Brabant. Les places belges étaient en si mauvais état qu’on ne pouvait les abandonner, même pour peu de jours, à leurs propres forces. Boufflers se retira de Tongres sur Hui et sur les nouvelles lignes qui aboutissaient à la Mehaigne. I] avait laissé quelques milliers d'hommes dans les forteresses de Liége. La ville de Liége ouvrit ses portes à l'ennemi sans coup férir (13 octobre). La citadelle, très-mal défendue, fut emportée ol le 23 octobre : la forteresse de la Chartreuse capitula e,29,

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