‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 233 sur 341 · VILLARS ET VILLEROI · texte numérisé non relu

VILLARS ET VILLEROI

se rendre par famine. Le 25 avril, cinquante mille hommes investirent Bonn, la dernière place qui restât de l'électorat de Cologne. Une seconde armée égale en force couvrit de loin le siége, en se postant sous Maëstricht. Comme l’année précédente, les Français avaient été prévenus : les temps étaient bien changés. Les Français ne furent prêts à temps ni pour secourir Bonn, ni pour attaquer la citadelle de Liége pendant le siége de Bonn. Bonn se rendit dès le 15 mai.

On s'attendait à voir les Anglo-Bataves, maîtres de l'électorat de Cologne, se porter au secours de l’empereur en Allemagne contre les Franco-Bavaroïs. Ils n’en firent rien. La Belgique était leur objet capital. Ils se concentrèrent sur la Meuse. Marlborough eût incliné à opérer à fond sur cette rivière, afin d'enlever Namur et de s'ouvrir un chemin en France au prix d’une bataille; mais le gouvernement hollandais avait d’autres vues, qu'il avait fait partager au conseil d'Angleterre : c'était au Bas-Escaut et aux côtes de Flandre qu’il en voulait avant tout. Marlborough dut seconder ce plan. Villeroi et Boufflers couvraient le Brabant avec cinquante mille soldats. Le reste des forces des deux couronnes, qui ne comptaient guère moins de cent vingt mille hommes, était réparti dans les grandes villes belges, que n’eussent défendues ni leurs fortifications délabrées ni leurs populations indifférentes. On ne pouvait les conserver qu’en les encombrant de soldats ou qu’en manœuvrant avec une science stratégique hors de la portée de Villeroi. Marlborough tint donc en échec Villeroi et Boufflers sur la rive gauche de la Meuse, tandis qu’une grande partie des troupes alliées filaient dans la direction d'Anvers. Un fort détachement poussa plus loin encore, traversa l’Escaut et força les lignes qui protégeaient le pays de Waës, au nord de Gand; le reste se mit en devoir d’attaquer les lignes d'Anvers : cette grande cité était le but essentiel de l'expédition. Boufflers, se séparant de Villeroï, courut à marches forcées au secours du général espagnol Bedmar, qui défendait Anvers et la Flandre. Boufflers et Bedmar prévinrent le général hollandais Obdam, l’assaillirent à Eckeren près d’Anvers, parmi les mille canaux des polders (watergangen), et rejetèrent l'ennemi jusque sous le canon de Lillo, après une longue et meurtrière fusillade où la supériorité du tir des fantassins hollan-

dais semblait pourtant devoir leur assurer l'avantage (30 juin). L’ennemi retourna sur la Meuse. Cette opération fit le plus grand honneur au maréchal de Boufflers.

L'insuccès des alliés donnait raison à Marlborough, qui recommença d'agir sur la Meuse et qui emporta Hui en dix jours (15-25 août). Les deux maréchaux n’osèrent rien tenter en faveur de Hui, de crainte que Marlborough ne lâchât cette place pour se jeter en Brabant; ils se contentèrent de prolonger jusqu'à la Meuse, afin de protéger Namur, les lignes défensives qui s’arrêtaient à la Mehaigne. Marlborough voulait revenir à son premier projet, attaquer les lignes de Namur et donner une grande bataille. Les représentants des États-Généraux s’opposèrent à cette résolution hardie. Marlborough repassa la Meuse, alla prendre Limbourg (27 septembre), puis se mit en quartiers d’hiver dans les premiers jours de novembre, en laissant seulement un détachement devant Gueldre, qui se rendit le 15 décembre. Les deux couronnes perdirent ainsi leurs dernières positions entre la Meuse et le Rhin. Le résultat de la campagne cependant était loin de répondre à l'attente des alliés. Marlborough se plaignit vivement des entraves que les délégués des États-Généraux à l’armée avaient apportées à ses entreprises et tâcha d’obtenir dorenavant l’espèce de dictature militaire sans laquelle il déclarait les grandes choses impossibles.

Les Français n’avaient point été en retard, cette année, vers le Haut-Rhin comme vers le Bas-Rhin et les Pays-Bas. L’actif et brillant capitaine à qui Louis XIV avait confié l’armée d’Allemagne, n'avait pas attendu la fin de l’hiver pour agir. Villars tira ses troupes de leurs quartiers dès le commencement de février, quoiqu’il n’y eût presque point d'officiers supérieurs à l’armée !, et leur fit traverser, du 12 au 14, les ponts de Huningue et de Neubourg : les ennemis croyaient qu’il allait essayer de forcer les passages des Montagnes Noires et avaient porté toute leur attention de ce côté; mais, au lieu d’entrer dans les montagnes, il

1, La plupart des officiers se permettaient encore de quitter l’armée pendant les quartiers d'hiver. Villars, p. 102. — Un autre passage de Villars nous fait voir qu'à

cette époque, la cavalerie, moins les gendarmes, avait déjà quitté la cuirasse et que

Villars voulait la lui rendre, ce qui eut lieu en 1706. Y. Lémontei, addit. à Dangeau, p.179,

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