VICTOIRE DE HOCHSTEDT. LA
longtemps manqué; on avait donné ce qu’on avait de mieux à Villars et il ne se trouvait point, dans l’armée du Rhin, de ces hommes qui savent suppléer aux ressources. Elle ne tenta d’opération sérieuse qu’au milieu d'août, et cette opération, qui fut le siége de Brisach, n’était point une diversion suffisante pour dégager l’armée du Danube. Villars écrivit au roi pour demander son rappel. |
Il se tira d’embarras d’une façon plus glorieuse. Il s'était réuni à l’électeur près de Nordendorf, au sud du Danube, avec une partie de son armée, laissant l’autre au camp de Dillingen. Averti que Bade et Styrum, qui étaient, le premier à Augsbourg, le second devant Dillingen, combinaient une attaque contre le camp de Nordendorf, il décida enfin l'électeur à déjouer l’ennemi par une combinaison inverse, c’est-à-dire à gagner une marche sur Bade et à se porter au-devant de Styrum, tandis que le corps français de Dillingen le prendrait en queue. Dans la nuit du 19 au 20 septembre, l'électeur et Villars passèrent le Danube à Donawerth; le lendemain, ils rencontrèrent Styrum dans la plaine de Hôchstedt. Le corps français venu de Dillingen avait déjà fait son attaque prématurément et avait été repoussé. Le second choc fut plus heureux. La cavalerie ennemie fut renversée; l'infanterie ennemie, supérieure en nombre à l'infanterie franco-bavaroise, se défendit très-vigoureusement et se retira en bon ordre l’espace de deux lieues, en soutenant les charges successives de nos escadrons et de nos bataillons. Elle fut enfin tournée et enfoncée avec un grand carnage. La victoire fut complète, peu meurtrière pour les vainqueurs et coûta aux ennemis une dizaine de mille hommes tués, pris ou hors de combat, et trente-trois canons. Styrum s’enfuit avec ses débris jusqu’à Nordlingen.
Le réseau des armées ennemies était rompu par ce grand coup de main. Villars proposa d'employer les Bavarois à défendre la Bavière et à insulter l’Autriche, et de remonter le Danube avec les Français pour s'emparer du Würtemberg et donner la main à l’armée du Rhin : grâce au maréchal de Vauban, qui avait dirigé les travaux du siége, Brisach s'était rendu, dès le 7 septembre, au duc de Bourgogne, qui commandait cette armée depuis trois mois. L’électeur rejeta le plan de Villars et prétendit aller atta-
quer Bade sous Augsbourg. Comme Villars l’avait prévu, on trouva ce prince si bien posté qu’il fallut renoncer à l'attaque. Villars revint à son projet et traîna en quelque sorte l'électeur jusqu'au confluent de l’Iller et du Danube; mais, là, l'électeur recommença de crier pour qu’on retournât avec toute l’armée en Bavière. Villars, voyant les fruits de sa victoire perdus et convaincu de l’impossibilité de rien faire avec un pareil allié, supplia de nouveau le roi de lui donner un successeur. Louis y consentit à regret etenvoya le maréchal de Marsin. Villars quitta l’armée au mois de novembre; c'était la fortune de la guerre qui s’en allait!
Marsin, pourtant, débuta heureusement; mais c’était encore à Villars que le mérite en revenait. Le mouvement de Villars vers le Haut-Danube avait été si bien calculé, qu’il avait suffi pour faire abandonner à Bade son camp d’Augsbourg et pour lattirer entre l'Iller et le lac de Constance, par la crainte de perdre toute la Souabe. Bade avait laissé un corps de six mille hommes dans Augsbourg. Les Franco-Bavarois s’y portèrent rapidement et, après quelques jours de siége, obligèrent les Impériaux à évacuer la ville par capitulation (4-13 décembre). Ce succès dégageait la Bavière et assurait le sud-est de la Souabe aux Franco-Bavarois. Sur ces entrefaites, les plus grandes nouvelles arrivèrent de Hongrie. Tekeli, en. allant chercher naguère un asile et un tombeau chez les Turcs, avait légué ses biens confisqués et sa vengeance au fils de cette belle Hélène Zrini, qu’il avait tant aimée et qui fut la compagne fidèle de son exil : le jeune François Rakoczi ‘, descendant des souverains magyars de Transylvanie, beau-fils de Tekeli et petit-fils du comte Zrini, ban de Croatie, mort sur l’échafaud autrichien, était, par ses origines autant que par son héroïsme patriotique, l’homme que l'Autriche avait le plus à redouter en Hongrie; aussi l’empereur l’avait-il fait arrêter dès l'ouverture de la guerre européenne, en 1701 : Rakoczi s'était évadé et réfugié en Pologne; il en ressortit au mois de juin 1703 et se mit à la tête des mécontents qui avaient commencé à s’armer dans les montagnes de la Haute-Hongrie. L'insurrection prit en quelques mois des proportions colossales : les paysans, debout