‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 237 sur 341 · L'orthographe slave en fait Ragotzki · texte numérisé non relu

L'orthographe slave en fait Ragotzki

(1703-1704) RAKOCZI. 413

les premiers, entraînèrent la noblesse; les garnisons autrichiennes, rares et faibles, furent comme noyées au milieu d’une inondation sans bornes. Vers la fin de l’année, l'insurrection déborda pardessus le Wag et la Leitha, entoura Presbourg et lança ses légers cavaliers jusqu'aux portes de Vienne. L'empereur rappela le gros des garnisons de Presbourg et de Passau pour défendre sa capitale. Il semblait que la Providence s’obstinât à nous rendre les chances magnifiques que nous laissions périr. Sur les lettres pressantes de Louis XIV, l'électeur et Marsin, après des hésitations motivées par la fatigue de leurs troupes, se décidèrent enfin à exécuter le plan de Villars : l'électeur, avec quinze mille hommes, prit Passau en deux jours (7-8 janvier 1704), enleva, presque sans coup férir, les lignes qui protégeaient l’entrée de l’Autriche et poussa jusqu’à Ens; mais, arrivé là, il recula devant la rigueur de la saison, se contenta de mettre des garnisons à Passau et dans quelques petites places autrichiennes et revint à Munich (20 janvier).

L'occasion perdue ne devait plus se retrouver. .

La campagne, cependant, à tout prendre, avait fini avantageusement, puisqu'on avait dégagé la Bavière et entamé l’Autriche. Elle s'était terminée d’une manière encore plus satisfaisante sur le Rhin. Après la prise de Brisach, Le duc de Bourgogne, Vauban et Tallard n’avaient pas cru pouvoir assiéger Freybourg, comme le désiraient le roi et Villars; la garnison était forte de six mille hommes, la circonvallation très-vaste, et l’armée était si délabrée qu’elle ne comptait pas plus de trois cents hommes par bataillon au lieu de six cents; encore, la moitié consistait-elle en mauvaises recrues : la désertion avait été effrayante !. En renonçant à l’attaque de Freybourg, on renonça à la jonction tant demandée par Villars, et le siége de Landau fut décidé par le roi ; Bourgogne et Vauban retournèrent à la cour, et Tallard seul mena l’armée sur Landau, qui fut investi le 11 octobre. Le siége, sans être aussi vivement mené que celui de Brisach, marchait bien, lorsque Tallard apprit que les alliés se préparaient à un grand effort pour secourir la place. Le prince de Hesse-Cassel, détaché de l’armée des Pays- Bas avec un gros corps, avait appelé à lui les troupes laissées par

1. V. ci-dessus, p. 341, les causes de désertion indiquées par Vauban,

ht LOUIS XIV. (1703]

Bade dans les lignes de Bühl. Il arriva le 13 novembre à Spire; il avait gagné deux marches sur Pracontal, commandant du corps français de la Moselle, que le roi avait chargé de secourir Tallard, Heureusement, il reperdit cette avance en s’arrêtant pour attendre un renfort hessois et mayençais. Tallard ne se laissa point attaquer dans ses lignes; dès le 14, il se porta entre Landau et Spire avec la moitié de ses bataillons et les trois quarts de ses escadrons, le reste gardant les lignes contre la garnison de Landau; dans la nuit, il fut rejoint par Pracontal, accouru à marche forcée avec sa cavalerie. Le lendemain, il alla aux ennemis, les rencontra en avant du Speyerbach et, croyant voir chez eux un mouvement de retraite, lança la cavalerie à la charge , sans donner le temps à l'infanterie d'arriver sur le champ de bataille. Les escadrons français, avec leur supériorité accoutumée, percèrent d’abord les escadrons ennemis; mais, pris en flanc par le feu de l'infanterie allemande, ils furent mis en désordre à leur tour. Si l’ennemi eût poussé vivement son avantage, la journée eût été perdue; par bonheur, l'ennemi n’avança qu'avec lenteur et méthode, et l’infanterie française eut le temps d'arriver en ligne. La face du combat changea bien vite : nos escadrons, ralliés, culbutèrent une seconde fois la cavalerie ennemie, et nos bataillons, quoique trèsinférieurs en nombre, marchèrent à l'infanterie allemande, essuyèrent sa décharge sans-y répondre et l’enfoncèrent à la baïonnette. La perte des Allemands, en morts, en prisonniers, en canons, ne fut pas moindre qu’à Hôchstedt. Landau se rendit deux jours après (17 novembre). La Basse-Alsace fut par là complétement délivrée, la Lorraine mise à couvert, et une grande partie du Palatinat cis-rhénan fut à la discrétion des Français. La victoire de Spire et la reprise de Landau firent au maréchal de Tallard une réputation fort au-dessus de son mérite.

Tandis que ces grands mouvements s’opéraient dans l’Europe centrale depuis le Rhin jusqu’à la Theiss et aux Carpathes, la campagne d'Italie s'était engagée sous des auspices qui semblaient promettre l’entière expulsion des Impériaux. Avant même que la Hongrie se fût levée à son tour, l'attaque des Bavarois au cœur de l'Allemagne avait Ôté à l’empereur les moyens de renforcer suffisamment son armée d'Italie : le prince Eugène, qui avait

17031] VICTOIRE DE SPIRE LANDAU REPRIS. h15

couru à Vienne au commencement de l’année pour réclamer des secours, jugea la situation de l'Autriche tellement grave, qu'il resta auprès .de l’empereur à diriger l’ensemble de la défense comme président du conseil de la guerre (ministre de la guerre), et laissa l’armée d'Italie à son lieutenant Stahremberg, le plus capable, après lui, des généraux autrichiens. Stahremberg n’eut jamais plus de vingt-cinq à trente mille hommes à sa disposition : les Français et leurs alliés en eurent au moins cinquante miile. Vendôme ne tira point de ces conjonctures le parti qu’on pouvait espérer. On ne retrouve plus chez lui, en 1703, la vivacité, la netteté de l’année précédente; on remarque, dans ses plans, des variations, une incertitude inaccoutumée et, dans l’exécution , de la lenteur et de la négligence. Singulier caractère, tantôt d’une activité foudroyante et digne de César, tantôt d’une paresse à rester au lit la moitié du jour dans les moments les plus critiques! Sa santé, délabrée par les suites de ses débauches, était pour beaucoup dans ces irrégularités bizarres. Des circonstances indépendantes de sa volonté contribuèrent d’ailleurs à lui enlever, en 1708, les avantages de sa situation. Les Impériaux étaient retranchés sur les deux rives du Pà, à l’est du Mincio et de la Secchia : Vendôme avait tenté au nord du PÔ une attaque que les Autrichiens firent échouer en coupant les digues du P6 et du canal qui va de Ponte- Molino à Ostiglia, et en mettant tout ce canton sous les eaux (10 juin). Vendôme s’apprêtait à reprendre, au midi du Pô, lattaque manquée au nord de ce fleuve, lorsqu'il reçut l’ordre de marcher en Tyrol. Il obéit à regret : la jonction avec l'électeur de Bavière, comme on l’a dit tout à l'heure, ne put s'effectuer, et Vendôme revint sur les bords du Pô. Tout l’été avait été consumé dans cette infructueuse expédition et un événement se préparait, qui allait changer la face de la guerre en Italie : c'était la défection du duc de Savoie. On l’avait soupçonnée depuis longtemps : on en était maintenant assuré. Victor-Amédée avait très-clairement fait entendre aux deux couronnes qu’on devait « avoir égard à ses intérêts : » Louis XIV parut un moment le comprendre, quoique bien tard, et lui fit insinuer l’échange de la Savoie et de Nice contre le Milanais : le duc entra dans cette ouverture; Louis n’y donna pas de suite, de peur sans doute d’exciter les clameurs des

Espagnols, qui trouvaient fort commode de regarder la France dépenser vingt mille hommes et 30 millions par an pour leur conserver le Milanais ‘. L'empereur sut mieux s’y prendre et promettre le partage de ce qu’il ne pouvait conquérir pour lui seul. Dès le mois de janvier 1703, il fit accepter au duc de Savoie ses offres secrètes ; c'était le Montferrat, qu’on enlèverait au duc de Mantoue pour châtier sa rébellion envers l'Empire , plus Alexandrie, Valenza , la Lomelline et le Val de Sesia. L’automne arriva cependant sans que Victor-Amédée eût osé se déclarer; mais Louis XIV avait la certitude qu'il n’attendait que le moment favorable. Le 29 septembre, Vendôme, sur l’ordre du roi, fit désarmer et arrêter trois mille soldats que Victor-Amédée avait encore au camp français; puis il marcha sur le Piémont avec une partie de l’armée et somma le duc de livrer Turin et Suse. Le duc refusa, fit arrêter l'ambassadeur de France êt tous les Français qui se trouvaient en Piémont, et signa son traité définitif avec l’empereur (25 octobre). Vendôme eût voulu attaquer sur-le- champ Turin; mais la fièvre des rizières et l’épizootie sur les chevaux avaient trop ruiné l’armée pour qu’il pût tenter ce siége sans des renforts que le roi ne fut pas en état de lui fournir. Il fallut ajourner l’entreprise. Vendôme établit son corps d'armée en quartiers dans l’Astesan, à portée de Turin, pendant que des troupes venues de l’intérieur de la France envahissaient la Savoie; puis il retourna au camp de la Secchia.

Vendôme comptait accabler le duc de Savoie au printemps; mais les Impériaux ne néglisèrent rien pour secourir leur nouvel allié. Un premier détachement, lancé par Stahremberg, avait été coupé et détruit sans pouvoir gagner le Piémont. Stahremberg se décida à y marcher en personne; il laissa un petit corps sur la Secchia et, avec tout le reste, il passa tout à coup la Secchia à la Concordia (fin décembre), gagna une marche sur Vendôme, traversa le Parmesan et la partie du Milanais au sud du Pô; Vendôme atteignit et sabra par deux fois son arrière-garde; mais le gros des Impériaux, au nombre de quinze mille hommes, n’en joignit pas moins le duc de Savoie sur le Tanaro (16 janvier 1704).

Page 1