VILLARS, CAVALIER ET ROLAND
depuis la défaite des Camisards, semblait près de gagner des contrées qu’elle n’avait pu envahir pendant leurs succès. Le Vivarais s’agitait, des bandes se montraient dans les forêts du Dauphiné. Roland pouvait redevenir très-redoutable; un traître le livra à prix d’or; il fut surpris au château de Castelnau, auprès d’une fille de qualité qui partageait sa foi et qui s’était prise pour lui d’une passion enthousiaste. Il se défendit comme un lion ; l’on ne put saisir que son cadavre (13 août). La tête du parti abattue, les tronçons ne remuèrent plus que faiblement; Villars revint aux moyens de douceur, qui étaient dans ses instructions et dans son penchant. La plupart des chefs subalternes se soumirent et partirent pour Genève, après avoir obtenu la mise en liberté de leurs camarades prisonniers. Quelques-uns acceptèrent des grades subalternes dans l’armée. Villars désarma les Cévennes, mais encouragea les paysans à relever leurs chaumières et accorda aux maisons brûlées l’exemption des tailles pour trois ans. Toutes les recherches pour cause de religion cessèrent de fait. A la fin de l’année, il ne restait plus d’insoumis que trois ou quatre petits chefs qui se cachaient dans les solitudes des Hautes-Cévennes. Villars repartit pour Versailles, où le roi le reçut comme le pacificateur du Languedoc (janvier 1705).
Pendant que cette petite guerre religieuse se circonscrivait dans son premier foyer, puis semblait s’éteindre, la grande guerre politique élargissait ses proportions déjà si vastes. L'Allemagne et l'Espagne paraissaient devoir en être, en 1704, les deux principaux théâtres. La Grande Alliance avait conclu, le 13 mai 1703, un important traité secret avec le Portugal. Le vieux roi don Pedro II n’avait que par crainte reconnu Philippe V et engagé son alliance aux deux couronnes. Il croyait sa dynastie compromise, si la maison de Bourbon, autrefois protectrice de la maison de Bragance contre l'Espagne, restait maîtresse de la monarchie espagnole et en état de faire revivre les prétentions qu’elle avait combattues
vu dans ce genre des choses que je n’aurais jamais crues si elles ne s'étaient passées sous mes yeux; une ville entière, dont toutes les femmes et filles, sans exception, paraissaient possédées du diable. Elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues. J’en fis arrêter vingt des plus méchantes, dont une eut la hardiesse de trembler et prophétiser pendant une heure devant moi. Je la fis pendre pour l'exemple, et renfermer les autres dans les hôpitaux. » Villars, p. 141.
chez les héritiers de Philippe II. Pour éviter un péril éloigné, sinon chimérique, don Pedro allait livrer son pays à la dure exploitation de l'Angleterre. L'empereur agit avec lui comme avec le duc de Savoie et, pour lui faire rompre son traité avec Louis XIV et Philippe V, il lui offrit des avantages territoriaux; mais, cette fois, c'était aux dépens de l'Espagne même et non des possessions espagnoles ; avec les provinces américaines situées entre le Rio de la Plata et le Brésil, Léopold promit une partie de l’Estremadure et de la Galice. Ce n’était pas le moyen de regagner les Espagnols à la maison d'Autriche. Les puissances maritimes garantirent un subside. Le roi de Portugal promit de joindre quinze mille soldats à douze mille hommes de vieilles troupes étrangères que les alliés enverraient dans le Tage pour attaquer l'Espagne. Il ne voulait toutefois se déclarer que lorsque le prétendant autrichien serait débarqué en Portugal. L'empereur, pressé par quelques transfuges espagnols de haut rang, se décida, après avoir un peu hésité, à lancer son second fils dans cette périlleuse carrière. Léopold et son fils aîné, le roi des Romains, cédèrent toutes leurs prétentions à l’archiduc Charles, qui fut proclamé roi d'Espagne à Vienne, le 12 septembre 1703, et reconnu en cette qualité par les puissances alliées. C'était un grand pas de fait au delà du traité le septembre 1701; l'Angleterre et la Hollande dépassaient Guillaume TITI; il n’était plus question ici de partage ni de satisfaction équitable, et l'on rendait la paix impossible. Le prétendu Charles III se transporta en Hollande au mois de novembre. Une cffroyable tempête, le 8 décembre, causa des pertes énormes aux marines militaires et marchandes d’Angleterre et de Hollande, mit Bristol et une partie de Londres sous les eaux, rompit les digues du Texel et de Zélande, et retarda Charles près d’un mois : il passa en Angleterre au commencement de janvier 1704, dans un fort chétif attirail; la fastueuse générosité anglaise se chargea de l'équiper en roi. Le désastre du 8 décembre, pire qu'une bataille perdue, fut réparé avec une promptitude qui attestait les grandes ressources des deux puissances maritimes, et l'expédition de Portugal, partie dès la mi-janvier, mais repoussée par les vents, mit définitivement à la voile le 17 février 1704. L'Angleterre et la Hollande, ou, pour mieux dire, Marlborough