LE PRÉTENDANT CHARLES LEI
et Heinsius, s'étaient résolus, en même temps, à secourir puissamment l’empereur dans ses états héréditaires, où il ne pouvait plus se soutenir, sans le secours des Anglo-Bataves, contre les Français, les Bavarcis et les Hongrois, maîtres de se joindre devant Vienne. Les premiers mois de 1704 furent employés en préparatifs de part et d'autre : Louis XIV avait ordonné une levée de près de trente mille recrues à répartir entre les généralités. A la mi-mai, Marlborough passa la Meuse avec ses Anglais et des troupes auxiliaires à la solde anglaise, et alla remonter le Rhin, en se dirigeant vers la Basse -Moselle. Villeroi opéra un mouvement parallèle, par Namur et le Luxembourg, avec le gros des forces françaises de Flandre. Marlborough emportait avec lui tout l'intérêt et le mouvement de la guerre. Il ne se passa rien de notable en Belgique durant la saison.
Au moment où Marlborough commençait cette marche, qui indiquait que toute l’action allait se porter vers l'Allemagne, les armées qui avaient fait la guerre dans l’Empire l’année précédente s'étaient aussi remises en mouvement. Elles avaient été quelque temps étendues sur un très-large espace. L’électeur de Bavière tenait ses troupes chez lui, entre le Lech et l’Inn, avec ses avant-postes en Autriche; Marsin, avec ses auxiliaires français, s’étendait du Lech à l’'Iller; Tallard, avec l’armée qui avait repris Landau, était en Alsace. Les ennemis séparaient Marsin de Tallard, Bade occupant le pays entre l’Iller, la rive méridionale du Danube, le lac de Constance et les Montagnes Noires, tandis que les débris de l’armée de Styrum, renforcés de tout ce que l’empereur et l'Empire avaient pu y joindre, se déployaient au nord du Danube, depuis les lignes de Bühl jusqu’en Franconie. Cette seconde armée allemande ne devait plus avoir pour chef l’incapable Styrum, mais Eugène, qui avait dirigé la défense de l’Autriche en 1703, sans agir en personne, et fait d’inutiles efforts pour traiter avec les Hongrois. Les grands capitaines ennemis allaient se réunir sur ce théâtre abandonné par le général français le plus capable de leur tenir tête et occupé par des médiocrités. Cela n’était pas rassurant. Tallard et Marsin, fort éloignés de l'outrecuidance de Villeroi, paraissaient sentir leur insuffisance ct montrèrent, dès l'ouverture de la campagne, une timidité de
mauvais augure. Ils réussirent néanmoins dans une opération importante : au commencement de mai, l'électeur et Marsin, d'un côté, Tallard, de l’autre, se portèrent vers les Montagnes Noires par un mouvement bien combiné : les Impériaux n’eurent pas le temps de concentrer des forces suffisantes pour faire face des deux côtés, et la jonction eut lieu à Villingen, le 19 mai. Tallard remit à Marsin douze à treize mille soldats, tant de recrues que de dépôts, qu'il avait été chargé de lui conduire; mais, au lieu de rester avec les Franco-Bavarois pour agir en masse au centre de l'Empire, il retourna sur le Rhin, suivant le plan qu’il avait fait agréer au roi. L’électeur et Marsin se replièrent sur Ulm, suivis de près par Bade, qui avait ramassé le gros des forces allemandes sur les deux rives du Danube. Eugène arriva bientôt au camp de Bade, à Ehingen.
Marlborough, cependant, s’était jeté à la droite du Rhin (26 mai), avait passé le Mein (30 mai) et gagné le Necker (4 juin). Il y fut joint par des renforts hollandais. On ne pouvait plus douter de la prochaine concentration des alliés sur le Danube. Villeroi vint du Luxembourg joïndre Tallard à l’entrée de l’Alsace. A la nouvelle du mouvement de Villeroi, Eugène et Bade, laissant leur armée à Ehingen, accoururent conférer avec Marlborough à Rastadt! (16 juin). Ils convinrent que Marlborough et Bade opéreraient contre les Franco-Bavaroiïis avec la plus grande partie des forces combinées et qu'Eugène se posterait entre les lignes de Bühl et le Bas-Necker, avec une réserve composée de nouveaux renforts allemands, hollandais et danoiïs. Louis XIV, sans connaître les projets des alliés, expédia des ordres analogues à ses généraux : c'était que Tallard allât joindre l’électeur et Marsin, et que Villeroi s'établit à Offenbourg, sur la rive droite du Rhin, en face des lignes de Bühl. Malheureusement, si ces plans se ressemblaient, l'exécution en fut bien différente. Un temps précieux avait été perdu en hésitations, en échange de lettres, à cent vingt lieues de distance, entre Versailles et les maréchaux. Tallard ne passa le Rhin à Kehl que le 1* juillet, et Villeroi que le 7. Dès le 22 juin, l’armée de Marlborough s'était réunie à celle de Bade à
1. Le prince de Bade y avait bâti un château qui était la miniature de Versailles.