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PERTE DE LANDAU

cents hommes dans cette forteresse. Ces braves garnisons relevèrent l'honneur de l’armée.

La confiance des alliés n’en fut pas diminuée : leurs espérances Ctaient sans bornes, comme leur joie; l’orgueil anglais, surtout, si longtemps froissé et refoulé, débordait en vrai délire ; on élevait Marlborough au-dessus de tous les héros de l’histoire et de la fable. Créé prince de l'Empire par Léopold, reçu à La Haie par les États-Généraux avec les honneurs qu’on eût pu rendre à un stathouder, il fut à Londres l’objet d’un enthousiasme que les pouvoirs constitués traduisirent en félicitations solennelles et en dons magnifiques; la reine lui transféra un domaine de la couronne, Woodstock, où on lui bâtit un splendide palais qu’on nomma Bleinheim en souvenir de sa victoire.

Les événements d'Espagne, s'ils ne répondaient pas autant que ceux d'Allemagne aux vœux de l’Autriche, étaient de nature à augmenter encore la satisfaction des Anglais. Le début, cependant, n’avait pas été heureux pour les alliés : l’archiduc Charles, débarqué à Lisbonne le 7 mars, avec un petit corps d'armée anglais, allemand et hollandais, n’avait pas trouvé le Portugal en mesure de remplir les engagements de son roi; l'Espagne, malgré le déplorable état de ses finances et de son armée, fut prête la première, grâce à des levées de milices en Castille et en Galice, et grâce surtout à l’envoi de dix ou douze mille Français que Louis XIV avait expédiés outre-Pyrénées, sous les ordres du duc de Berwick, fils naturel du feu roi Jacques II et d’une sœur de Marlborough et récemment naturalisé Français. Philippe V et Berwick prévinrent l'invasion en envahissant eux-mêmes le Portugal avec vingt-six à vingt-huit mille combattants. Ils enlevèrent presque sans résistance un bon nombre de places et y prirent en détail une partie des troupes alliées. Si le plan de campagne eût été bien exécuté, le Portugal eût couru un extrème péril. Deux corps d'armée devaient marcher par les deux rives du Tage jusqu’à Villa-Veilha, où ils se joindraient pour se porter aussi loin que possible vers Lisbonne. Le général flamand Tserclaës, qui commandait le corps de la rive sud, ne seconda point du tout Philippe V et Berwick et fit manquer le projet par sa timidité et ses fausses manœuvres; le temps se passa ; les grandes chaleurs vinrent et il fallut se

cantonner et raser la plupart des places prises. La pénurie où était l’armée franco-espagnole, en fait d’équipages et d’approvisionnements, eût probablement, en tout cas, empêché un succès complet (mai-juin).

Les alliés échouèrent aussi d’abord du côté de la mer. L’amiral Rooke, après avoir inutilement guetté les galions d'Amérique , avait fait voile pour Barcelone et tenté une descente : on lui avait montré les Catalans prêts à se soulever au premier aspect de sa flotte; un complot avait été, en effet, tramé dans Barcelone, mais la mine fut éventée; la floiie ennemie, après un bombardement sans résultat, reprit le large (mai-juin).

L’amiral anglais réussit mieux dans une entreprise moins essentielle au succès direct de la guerre, mais plus utile à l’Anglegleterre et plus menaçante pour cet équilibre européen que chacun réclamait contre les autres et que chacun voulait rompre à son profit. Le 4er août, il se présenta devant Gibraltar : ce bloc de rocher, dernier promontoire poussé par l’Europe en face de VAfrique, défendu vers la terre par d’autres rochers, vers la mer par les perpétuels orages d’une baie sans abri, passait pour inaccessible et l’eût été s’il avait eu des défenseurs; mais il n’y avait pas cent soldats, presque sans canons montés et sans munitions. L’ambassadeur français Grammont avait inutilement prévenu le conseil d'Espagne de munir Gibraltar. La flotte alliée fit taire, par quinze mille coups de canon, les batteries du môle; les chaloupes y opérèrent une descente etenlevèrent le môle et quelque ouvrage avancé; la petite garnison capitula (4 août). Les habitants sortirent en masse plutôt que de reconnaître le roi Charles III. Ce n'était pas pour Charles III que l’Angleterre avait fait cette conquête, à laquelle les armes hollandaises avaient follement contribué. Rooke mit deux mille Anglais dans Gibraltar. Ce fut ainsi que l'Angleterre acquit la clef de la Méditerranée, répara, et bien au delà, la perte de Tanger, qu’elle avait eu un moment entre les mains, et réalisa les derniers conseils de Guillaume IT!

La flotte française parut sur les côtes andalouses quelques jours trop tard! L’escadre de Brest était partie de ce port le 16 mai, conduite par l’amiral de France : c'était le comte de Toulouse, le

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