‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 247 sur 341 · EUGÈNE REFOULËÉ EN TYROL. H · texte numérisé non relu

EUGÈNE REFOULËÉ EN TYROL. H

Cette offre ne fut pas renouvelée. Vauban, au contraire, quand il connut l’état réel des ressources, détourna le roi de laisser entamer le siége avant le printemps prochain. Après bien des variations, le roi décida qu’on bloquerait seulement Turin pendant l'automne et l'hiver, et que Vendôme agirait offensivement contre Eugène.

Gette décision prise, Vendôme l’exécuta aussi habilement que possible. Eugène , après avoir séjourné près de deux mois à Treviglio , à une lieue de Cassano, abandonna ce camp (10 octobre), fit, pour pénétrer dans le Crémonais, une tentative qui échoua devant les manœuvres de Vendôme, puis se vit réduit à repasser le Serio, l’Oglio, et enfin la Chiese (mi-novembre). Vendôme franchit à son tour ces rivières, tourna Eugène, l’obligea de remonter la Chiese vers les montagnes et tenta de le cerner en l’attaquant à la fois par la rive ouest du lac de Garda et par la route de Brescia. Les Vénitiens, dont la politique se modifiait depuis Hôchstedt et qui commençaient à comprendre que leurs vrais ennemis étaient à Vienne et non à Paris, avaient déjà signifié qu’ils ne souffriraient plus de quartiers d'hiver sur leurs terres. Ils firent plus : ils livrèrent Desenzano aux Français et refusèrent de livrer Lonato aux Autrichiens. Cependant Vendôme ne put exécuter son projet ; les défilés de la rive ouest du lac étaient trop fortement occupés par l’ennemi. Il prit donc ses quartiers d'hiver, mais en les étendant du lac à l’Oglio et en coupant aux Impériaux la route, au moins directe, du Mincio et de l’Adige (fin décembre). L’armée d'Eugène avait tant souffert que, malgré ses renforts , elle était réduite à quinze mille hommes quand elle rentra dans le Trentin. L'armée française, mieux entretenue, en avait bien encore vingtsept mille, sans les Espagnols.

Du côté du Piémont, La Feuillade avait essuyé par sa faute un échec à Asti, que réoccupèrent les Austro-Piémontais de Stahremberg. Par compensation , Montmélian se rendit (11 décembre); la ville de Nice s’était rendue, le 16 novembre, au duc de Berwick, arrivé de Languedoc. La citadelle capitula le 4 janvier’ 1706. On y trouva cent canons. Nice et Montmélian furent démantelés ?.

1, Général Pelet, t. V, p. 3-279. — Saint-Hilaire t. HI, p. 173-220, XIV. 29

L'aspect des affaires était tout autre en Espagne qu'en Jitalie. Les Anglais, qui, l’année précédente, avaient travaillé pour euxmêmes en prenant Gibraltar, travaillaient cette fois, pour leur allié, le prétendant autrichien. L'automne précédent, les alliés, renforcés d'outre-mer, avaient attaqué, à leur tour, la frontière castillane voisine du Portugal, et Berwick avait déjoué leurs efforts. Cette tentative, renouvelée au printemps, ne réussit pas beaucoup mieux, quoique Berwick, sage et habile capitaine, eût été rappelé par suite d’une brouille avec la reine d’Espagne, très-jeune princesse, spirituelle et courageuse, mais passionnée et mobile comme son âge, et qui menait et remuait tout sous le nom du mol et inerte Philippe V. L’hostilité persistante des populations castillanes contre les envahisseurs dissipa les illusions dont quelques grands d’Espagne, réfugiés à Lisbonne, avaient entouré le prétendant. On ne répondit qu’à coups de mqusquet aux proclamations de Charles IIT. Les conspirations tramées à Madrid et ailleurs par quelques hommes d’intrigue, et dont l’une avait pour but l’enlèvement du roi et de la reine, furent découvertes et châtiées, aux applaudissements du peuple ‘. Les alliés espérèrent être plus heureux dans une autre partie de la monarchie espagnole. Le 17 juillet, le prétendant s’embarqua sur la flotte anglo-batave réunie dans le Tage ; la flotte passa le détroit de Gibraltar, excita quelques mouvements sur la côte de Valence, puis s'arrêta sur la côte de Catalogne et jeta sept ou huit mille soldats auprès de Barcelone (19 août). Les paysans catalans commencèrent aussitôt à s’agiter en faveur des alliés. La vieille opposition entre la coronilia d'Aragon et la couronne de Castille s'était réveillée, surtout en Catalogne, le pays le moins espagnol de l'Espagne. Philippe V y avait été très-froidement reçu, et ce pays, si hostile à la maison d'Autriche quand elle régnait à l’Escurial, lui redevenait favorable depuis que les Bourbons avaient été appelés à sa place sur le trône des Espagnes par les Castillans. Les ressentiments qui avaient succédé, depuis la dernière guerre, à la vieille amitié des Catalans pour les Français, contribuaient beaucoup à ce revirement.

Le prétendant, encouragé par cet accueil populaire, entreprit le

1. Châtiées, fort imparfaitement, car le gouvernement de Philippe V n’osa procéder, sans la permission du pape, contre les moines conspirateurs.

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