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SIÈGE DE BARCELONE

leur armée d'Italie, longtemps négligée, et de pousser leurs succès en Espagne; Marlborough avait éclaté de telle sorte contre les commissaires des États, contre ces hommes de cabinet et de comptoir qui venaient contrôler et paralyser les généraux, qu'aidé du pensionnaire Heinsius, il s’était fait donner à peu près carte blanche aux Pays-Bas pour cette année.

Dès le mois de février, l'offensive fut ressaisie en Espagne par les Français, afin de recouvrer ce que l’ineptie de Chamillart avait laissé perdre faute de secours en temps utile. Berwick, nommé maréchal de France, fut replacé à la tête du corps d'armée qui défendait la frontière voisine du Portugal. Tessé, avec de nouvelles troupes auxiliaires françaises, fut chargé d’opérer, sous les ordres de Philippe V, contre la Catalogne, du côté de l’Aragon, tandis que le duc de Noailles, fils du maréchal de ce nom, faisait une diversion du côté du Roussillon et qu’un corps espagnol bloquait Valence. Pendant que le clergé catalan se jetait avec fureur dans le parti autrichien, les évèques de Murcie et d’Orihuela avaient, au contraire, levé des milices pour combattre la rébellion valencienne et avaient conservé Alicante à Philippe V. Le jeune roi, par le conseil de son aïeul, avait décidé une grande et difficile entreprise, le siége de Barcelone; il recouvra, sans obstacle sérieux, une partie de la Catalogne et arriva, le 5 avril, devant Barcelone, avec vingt-cinq mille soldats, presque tous Français, et une belle artillerie. Le comte de Toulouse, qui, l’année précédente, s'était trouvé dans l’impuissance de disputer la mer à la puissante flotte ennemie réunie pour attaquer Barcelone, parut devant cette ville en même temps que Philippe V; la flotte française comptait trente vaisseaux de ligne, quatorze galères, cinq galiotes à bombes et cent cinquante transports destinés à l’approvisionnement de l’armée. Le prétendant Charles III était dans la place avec quatre à cinq mille hommes de troupes régulières et huit à dix mille miquelets et bourgeois armés, qui l’avaient forcé de rester pour partager leur sort. C'était donc, pour les alliés, une question décisive, et l’on devait s'attendre aux derniers efforts de leur part afin de sauver Barcelone.

La seule chance de succès, pour les assiégeants, était dans la vigueur et la rapidité de l’attaque. Il eût fallu battre immédiate-

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ment le corps de la place, très-mal fortifiée, et négliger le Mont- Juich. On fit le contraire : on consuma trois semaines à prendre le Mont-Juich; pendant ce temps, il se forma au dehors une véritable armée de miquelets, mêlés de quelques troupes alliées, qui assiégèrent, pour ainsi dire, les assiégeants et jetèrent de fréquents secours dans la grande cité qu’on n’était pas en état d’investir complétement. La brèche ne fut ouverte au corps de la place que le 5 mai; un premier assaut fut repoussé. Les prêtres, les moines, les femmes mêmes combattaient avec furie. Le prétendant avait recouru à un étrange expédient pour soutenir le courage d’une population ardente et crédule : il avait annoncé solennellement que la sainte Vierge lui était apparue et lui avait garanti la victoire. Les hérétiques se chargèrent de dégager la parole de la sainte Vierge. Le 10 mai, à l'approche de la flotte anglo-batave, forte de quarante-huit vaisseaux de ligne, le comte de Toulouse remit à la voile pour Toulon. La flotte ennemie jeta un renfort considérable dans la ville. On leva le siége dans la nuit du 11 au 12 mai; on encloua les canons; on creva les mortiers; on abandonna les approvisionnements et l’on remit les malades et les blessés à l'humanité de l'ennemi. La retraite sur l’Aragon fut jugée trop longue et trop périlleuse : on marcha vers le Roussillon, pour faire le tour des Pyrénées et rentrer en Espagne par la Navarre. L'effet de cette retraite de Philippe V en France fut désastreux : tout l’Aragon se révolta et proclama Charles III.

La situation n’était pas moins sombre à l’autre bout de l’Espagne. Les alliés prenaient Philippe V entre deux feux. Ils avaient envoyé de nouvelles troupes en Portugal durant l'hiver et, dès le mois de mars, ils franchirent de nouveau la frontière, mais avec des chances infiniment plus favorables que les deux premières fois. Grâce à la détestable organisation du gouvernement espagnol, où les capitaines-généraux (gouverneurs), au lieu de dépendre d’un ministre de la guerre, disposaient chacun, en vrais vice-rois, des forces militaires de leurs provinces, Berwick n'avait pas reçu à point les renforts nécessaires ; il ne put que jeter quatre ou cinq mille fantassins dans Alcantara et voltiger devant l'ennemi avec un corps de cavalerie. La garnison d’Alcantara, très-mal commandée, se rendit dès le 14 avril. Plusieurs autres villes de

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