REVERS EN ESPAGNE
l'Estremadure et du Léon succombèrent presque sans résistance. Dès qu’on sut la levée du siége de Barcelone, les généraux ennemis, le réfugié Ruvigni, comte dé Gallway, et le Portugais Las- Minas, marchèrent par Salamanque sur Madrid avec dix-sept ou dix-huit mille hommes ; aucune place forte ne les séparait de cette capitale. Le 19 juin, Philippe V, qui était revenu en poste à Madrid par la Navarre, évacua la capitale, suivi des grands, des conseils et des tribunaux, et rejoignit le petit corps d'armée de Berwick, qui se repliait d'étape en étape devant l'ennemi. Le 25 juin, Gallway et Las-Minas entrèrent à Madrid ; les rues étaient désertes; Madrid semblait une ville morte, symbole de la Castille écrasée entre l’Aragon et le Portugal .
Les tristes nouvelles d'Espagne frappèrent successivement Louis XIV, déjà bien cruellement éprouvé ailleurs; le malheur se déchaînait de toutes parts sur le vieux roi et sur la France, qu’il entraînait dans sa destinée.
Son plan de campagne, pour les frontières du nord et de l’est, avait été imprudent et mal conçu. Il consistait à faire reprendre les lignes de la Moder et de la Lauter par Villars et débloquer le Fort-Louis, puis à faire remettre Villars sur la défensive en Alsace, tandis que l'électeur de Bavière et Villeroi prendraient l'offensive en Belgique. La capacité respective des généraux eût prescrit tout le contraire; c’est-à-dire que Villars eût dû être seul chargé des opérations actives. Il exécuta parfaitement ses instructions ; renforcé par Marsin, qui commandait un corps sur la Moselle, il surprit, le 1% mai, les lignes de la Moder, débloqua le Fort-Louis, poussa aux lignes de la Lauter, qui ne furent pas défendues, fit reprendre sur ses derrières Haguenau, emporta la tête du pont de Statmatten et chassa outre Rhin le prince de Bade, qui n’avait que des forces irès-inférieures, le nouvel empereur, contrairement aux exemples de son père, ayant négligé l’armée du Rhin pour l’armée de Hongrie. Il eût été facile de reprendre Landau, ou d'effectuer en Allemagne une diversion redoutable et peut-être de soulever de nouveau la Bavière, indignée de voir son prince mis au ban de l’Empire avec l'électeur
1. Mém. de Noaiïlles, p. 193, — Mém. de Tessé, t. I, p. 213-228. — Quinci, t. V, 192-235. — Mém. de Berwick, t. III, p. 235-255.
de Cologne par décret impérial du 26 avril. Louis XIV persista dans ses projets, arrêta l'essor de Villars, et ordonna à Marsin d'aller seconder Villeroi aux Pays-Bas, comme il avait secondé Villars en Alsace. Villars, séparé de Marsin, privé d’une partie de ses propres troupes, qu’on lui enleva pour la Flandre, put encore emporter la tête de pont qu’avaient les ennemis en face de Fort- Louis, à la tête des lignes de Stolhofen à Bühl. On peut juger de ce qu’il eût fait si on ne lui eût coupé les ailes.
Les armées s'étaient rassemblées dans les Pays-Bas vers le commencement de mai, les Français dans le Brabant, les alliés dans le Liégeois. Le roi, animé par les succès de Villars, par un avantage qu'avait remporté Vendôme en Lombardie, et même par la prise du Mont-Juich, présage trompeur, comme on l’a vu, enjoignit à Villeroi de reprendre Leau {Leewe) et de livrer bataille si l'ennemi tentait de s’y opposer. C’eût été bon pour un Vendôme ou un Villars. Deux ans auparavant , l’ordre timide et à contretemps qui avait enchaîné Villeroi sur le Rhin avait causé le désastre de Hôüchstedt. Ce nouvel ordre, téméraire non moins à contre-temps, devait être au moins aussi fatal !
Marlborough avait, de son côté, le projet d'attaquer Louvain au risque d’une bataille. De Tongres, il se porta, du 20 au 22 mai, sur Cortisse et Warem. Villeroi s’avança, le 21, entre les deux Gheetes, vers Heylissem; il attendait, pour le surlendemain, vingt escadrons détachés par Marsin, qui était à quelques journées en arrière avec dix-huit bataillons et onze escadrons, venant de Metz. Le bon sens prescrivait d'attendre Marsin et tout son corps avant de combattre ; mais Villeroi était très-mal renseigné sur la force réelle des ennemis et ne doutait de rien. Chez Villars, la présomption tenait au sentiment d’une force et d’une intelligence capables de faire réussir les plus grandes audaces ; chez Villeroi, elle tenait à la médiocrité même et au peu de portée de la vue. Marlborough résolut d'empêcher la jonction entre Villeroi et Marsin, de couvrir Leau et de rejeter les Français sur Louvain. Le 23, les deux armées s’avancèrent, à la rencontre l’une de l’autre, vers l’étroit espace qui sépare la vallée de la Mehaigne, affluent de la Meuse, et les vallées des deux Gheetes, qui vont au Demer, unc des ramifications du bassin de l’Escaut. Marlborough marcha