‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 251 sur 341 · BATAILLE DE RAMILLIES · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RAMILLIES

par Mierdorp sur Boneffe. Villeroi appuya sa droite à Taviers sur la Mchaigne, occupant Taviers et un petit marais voisin avec cinq bataillons ; puis venait la cavalerie française, rejointe à l'instant même par les vingt escadrons qui précédaient Marsin; elle fermait l'intervalle de la Mehaïigne aux deux Gheetes, qui n’était que d’un quart de lieue : à gauche de la cavalerie française, se déployait l'infanterie, ayant devant son front le village de Ramillies; puis la cavalerie espagnole et bavaroïse, en arrière des villages d’Offiez et d’Autre-Église, garnis d'infanterie comme Ramillies. Le front de l’armée n’avait pas moins de cinq quarts de lieue. L'armée française comptait soixante -quatorze bataillons et cent vingt-huit escadrons ; l’armée ennemie quatre-vingts bataillons et cent vingt-trois escadrons.

À quatre heures du soir, Marlborough fit attaquer Autre-Église et Ramillies. Ces tentatives furent repoussées; mais ce n'étaient que de fausses attaques. Marlborough avait reconnu que la gauche française et une partie du centre étaient couverts par des ravins, des ruisseaux, des obstacles presque insurmontables ; il amusa de ce côté l’électeur et Villeroi par quelques démonstrations, massa toute sa cavalerie contre la droite française et jeta quatorze bataillons sur le village de Taviers. Les cinq bataillons qui occupaient ce village appelèrent à leur aide quinze escadrons de dragons, qui mirent pied à terre : l’infanterie ennemie fut repoussée; mais, pendant cet engagement, la cavalerie ennemie tout entière enveloppait et noyait la cavalerie française, que tournait en même temps un gros d'infanterie. La droite française fut rompue ; alors une masse d'infanterie et d'artillerie assaillit de nouveau et emporta Ramillies. L’électeur ct Villeroi ordonnèrent la retraite, qui commença d’abord en bon ordre ; mais, tout à coup, la cavalerie espagnole et bavaroise, qu’on avait laissée complétement inactive pendant le combat et qui couvrait la retraite par le défilé de Judoigne, se débanda, saisie d’une terreur panique. Au même instant, des chariots qui se brisèrent arrêtèrent les bagages de l'artillerie et, par suite, toute la colonne en marche. Ce fut un flux et reflux effroyable; tout se rompit et se dispersa ! L’ennemi, qui n’avait pas d’abord suivi de près, arriva et enleva hommes et canons sans résistance. On n'avait perdu sur le champ de bataille

que deux mille hommes, contre l'ennemi quatre mille; on perdit six mille hommes faits prisonniers en peu de moments. La nuit arrôta la poursuite. Louvain recueillit en majeure partie les débris de cette déroute sans exemple dans nos fastes militaires du xvir siècle. Le corps d'infanterie et de dragons qui avait défendu Taviers parvint à gagner Namur.

L’électeur et Villeroi, hors d'état de défendre la Dyle, se retirèrent derrière le canal de Bruxelles à Anvers. Marlborough entra, le 25 mai, à Louvain : il marcha si précipitamment qu'il ne ramassa même pas l'artillerie abandonnée sur le champ de bataille; la garnison de Namur en vint reprendre trente-quatre pièces. L’électeur et Villeroi évacuèrent à la hâte Bruxelles, Malines et Lierre, et, dès le 26, repassèrent la Dender. L’ennemi occupa les villes évacuées, dont la population changea de maîtres avec indifférence. Le 27, l'électeur et Villeroi repassèrent en désordre l'Escaut à Gand et se postèrent entre l’Escaut et la Lis : on leva toutes les écluses de l’Escaut; les quinze bataillons qui gardaient la Flandre rejoignirent. Pendant ce temps, Marsin, avec son petit corps d'armée, arrivait de la Moselle sur la Sambre et mettait en défense Charleroi, Mons et Ath. La principale armée se réorganisait un peu sous Gand; mais elle était démoralisée : les troupes d’Espagne et des deux électeurs ne pouvaient plus inspirer aucune confiance : les Hispano-Belges, travaillés par les agents des alliés, désertaient en foule. Dès le 30 mai, Marlborough ayant franchi la Dender à Alost et marché sur l’Escaut à Gaveren, on évacua Gand, Bruges et Dam, et l’on se replia sur la Lis, à Deynse, puis à Courtrai. Le 2 juin, Chamillart arriva au camp et ordonna de séparer l’armée; on jeta l'infanterie dans les places et l’on divisa la cavalerie en petits corps. Marlborough, complétement maître de la campagne, passa l’Escautle 4 juin, puis la Lis, et prit possession des places abandonnées. Oudenarde et Anvers se rendirent, les 4 et 6 juin, à de simples détachements : les habitants d'Anvers et la garnison espagnole de la citadelle ne voulant pas se défendre, la garnison française de la ville fut obligée de capituler. La mauvaise conduite des régiments hispano-belges et bavaroïis à Anvers et ailleurs obligea le roi à refondre ces corps, à les réduire et à prendre directement à sa solde ce qu’il en conserva : on soutint

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désormais la guerre dans ce qui restait des Pays-Bas, au nom de la France et non plus au nom de l'Espagne. En quinze jours, on avait perdu tout le Brabant et les deux tiers de la Flandre espagnole !

Louis XIV, reconnaissant enfin l'impuissance de Villeroi, expépérience qui avait coûté un peu cher ! rappela Vendôme en France pour sauver la frontière du Nord et « rendre aux troupes », suivant ses propres termes, « l'esprit de force et d’audace naturel à la nation française, » Qu’allait devenir l'Italie sans Vendôme ?.… Le roi résolut d’expédier en Italie le duc d'Orléans, son neveu et son gendre ‘, qu’il avait jusqu'alors systématiquement écarté des commandements militaires comme les autres princes du sang, afin de leur ôter toute chance d’acquérir une importance personnelle. Il offrit à Villars de commander sous le duc d'Orléans. Villars s’en excusa : l'épreuve qu’il avait faite en Bavière de ces sortes d'associations l’en avait dégoûté sans retour; ce fut un grand malheur ; car le duc d'Orléans se fût mieux accommodé avec Villars que l'électeur de Bavière. À la place de Villars, on envoya un des vaincus de Hochstedt, Marsin, triste augure. Il eût été plus simple de laisser Vendôme en Italie et d'appeler Villars en Flandre, en chargeant Marsin de tenir la défensive sur le Rhin; mais Louis ne voulut pas humilier son vieux favori Villeroi en le remplaçant par un autre que par un maréchal-général : Vendôme arriva, sinon avec le titre, du moins avec les attributions de ce grade, créé jadis pour Turenne. Ce fut pour de telles considérations que Louis risqua d’achever la ruine de sa maison et celle de la France?.

Marlborough poursuivait le cours de ses succès. Ostende, bombardée, ruinée, se rendit le 6 juillet ; la garnison y fut contrainte par les habitants. Le vieux Vauban, chargé du commandement sur les places de la côte, était venu à Dunkerque pour défendre son ouvrage. Les États- Généraux empêchèrent Marlborough d’as-

1. Le duc Philippe d'Orléans, frère du roi, était mort le 9 juin 1701 et son titre avait passé au duc Philippe de Chartres, son fils, qui avait épousé une des filles du roi et de madame de Montespan. Le nouveau duc d'Orléans, en 1706, était âgé de 32 ans.

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