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SIÈGE DE TURIN

çais, qui fut obligé de se jeter au midi du P6. Vendôme alors se décida à se replier derrière le Mincio, ce qu’il avait jusque-là rejeté bien loin. Il venait à son tour de subir les mêmes échecs que Catinat en 1701; cette double expérience était décisive contre la ligne de l’Adige. Eugène envoya seulement un corps détaché vers le Mincio et, avec vingt-quatre mille hommes, franchit le P6 à Polesella (18 juillet). Le même jour, Vendôme remit le commandement au duc d'Orléans et à Marsin, qui l'avaient rejoint à Crémone, et partit pour la France. Il laissait les affaires dans un fâcheux état : il rejeta ses mauvais succès sur le découragement causé dans l’armée par les événements du dehors et par son rappel; son propre découragement put n’y être pas étranger; il y avait eu chez lui, dans les dernières semaines, bien de la négligence et de l’obstination, en présence d’un adversaire qui ne faisait guère de fautes et qui ne manquait jamais de profiter de celles d'autrui.

Le duc d'Orléans tâcha d'empêcher Eugène de faire ce qu'avait fait Stahremberg en 1703 : il rappela sur le Mincio les troupes qui étaient entre les lacs de Garda et d’Idro, se porta au sud du Pô avec le reste de l’armée de Lombardie, afin de côtoyer l’ennemi, et demanda à La Feuillade d’expédier un gros corps à Stradella, dans le Pavèse, pour mettre entre deux feux l’ennemi, qui ne pouvait manquer de passer par ce point. C’était le dernier conseil donné par Vendôme à son départ. La Feuillade protesta qu’il lui était impossible de se dégarnir de son infanterie et envoya seulement de la cavalerie au duc d'Orléans. Eugène, cependant, avançait toujours avec son audace ordinaire, sans magasins, sans équipages de vivres; la sécheresse rendait toutes les petites rivières guéables et l’on avait laissé dégrader les retranchements établis sur :eurs bords. Eugène franchit le Panaro et la Secchia.' Orléans demanda à La Feuillade s’il voulait le joindre à Valenza, avec une partie de ses troupes, pour arrêter au moins Eugène vers le Tanaro, puisqu'on n’avait pu s'entendre pour l'arrêter à Stradella. La Feuillade répondit qu’il préférait attendre Eugène à Chieri et redemanda sa cavalerie et même des renforts de l’armée de Lombardie. Orléans céda et repassa au nord du Pô, renongant à entraver la marche d’Eugène, qui traversa le Parmesan et

gagna les bords du Tanaro. Pendant ce temps, Orléans se réunissait à La Feuillade devant Turin. Il trouva le siége en très-mau vais état. La Feuillade, à la vérité, avait fait enfin occuper, par un corps détaché, les hauteurs voisines des Capucins, sans cependant attaquer les Capucins, et jeté un pont en aval sur le Pô, afin de relier ce détachement avec l’armée de siége et de compléter l’investissement par la rive droite; mais l'artillerie et le génie étaient mal dirigés : les chefs de ces services ne s’entendaient pas; une décadence alarmante se manifestait dans les armes spéciales, naguère si brillantes‘; on sentait partout l’absence du grand preneur de villes, que la fatuité de La Feuillade et l'ineptie de Chamillart avaient écarté d’une entreprise qui n’eût pu réussir que par lui. Le feu de l'ennemi, et bien plus encore les maladies et la désertion, avaient tellement ruiné l'infanterie, qu’il ne restait guère plus de cent cinquante hommes valides par bataillon. Le 27 août, les assiégés venaient de reprendre des dehors qu’on leur avait enlevés : le duc d'Orléans, à son arrivée, fit donner, le 31, un nouvel assaut qui ne réussit pas. Il n’y avait plus d’espoir d'enlever la citadelle de vive force avant l’approche d’Eugène. Eugène avait passé le Tanaro entre Asti et Alba, le 29 août, et joint le duc de Savoie entre Carmagnola et Moncaglieri. Orléans proposa de marcher à l'ennemi; Marsin, La Feuillade et La plupart des officiers- généraux furent d’avis d'attendre dans les lignes. Le 31, après l’assaut, Orléans écrivit au roi à ce sujet, de deux cents lieues! En attendant la réponse, on ne bougea pas. Le sort de l'Italie devait être décidé avant cette réponse! Eugène et Victor- Amédée franchirent le PÔ à Carignano, le 4 septembre, avec vingt-trois mille hommes, le reste de leurs troupes étant employé à garder les places et les postes de communication. Le 6, ils s’avancèrent sur la Petite-Doire. Orléans proposa pour la seconde fois d'aller au-devant d'eux; les généraux s’y opposèrent. Marsin déclara au duc que le roi ne lui avait pas donné le droit de tirer de ses lignes l’armée de siége! L’idée fixe d’une mort prochaine Ôtait à Marsin toute liberté d'esprit et de jugement. Orléans, général sans autorité, n’osa rompre en visière au guide que le roi lui

1. Saint-Simon nous en apprend la cause : les grades s’y vendaient comme ailleurs. V. Saint-Simon, t. V, p. 93.

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