SIÉGE DE TURIN LEVÉ
avait imposé. Ce même jour, les ennemis passèrent la Petite- Doire et se portèrent entre la Doire et la Stura. C'était le seul côté par lequel la position des Français leur avait paru attaquable. On n'avait pas retranché l'intervalle entre la Doire et la Stura, trop étroit, pensait-on, pour qu’une armée ennemie y pût manœuvrer. On se hâta d’y lever de la terre. Le duc d'Orléans voulait faire descendre sur ce point une partie de l'infanterie qui occupait les hauteurs de la rive droite. Marsin prétendit que le duc n’avait pas droit même de déplacer les troupes. Cela devenait de la démence. Bien qu’on eût probablement trente-cinq à quarante mille soldats, comme ils étaient répandus sur une circonvallation immense, on ne trouva que dix-sept bataillons pour défendre la partie menacée. On les mit sur une seule ligne, en les faisant soutenir par soixante-cinq escadrons.
Le 7 septembre au matin, après avoir essuyé une violente canonnade, l'ennemi chargea sur le nouveau retranchement à peine ébauché. L’attaque fut repoussée par deux fois à la gauche et au centre des Français ; mais, pendant ce temps, sur leur droite, le duc de Savoie, reconnaissant qu’on avait laissé un espace vide entre le lit de la Stura et la digue de cette rivière, coupa la digue et pénétra dans cet espace avec une colonne d'infanterie suivie d’un convoi. Marsin courut le charger à la tête de quinze escadrons. Il fut repoussé et blessé à mort : ses pressentiments ne l'avaient pas trompé. Le duc d'Orléans fut blessé à son tour dans une seconde charge, qui ne réussit pas mieux. Eugène assaillit une troisième fois les retranchements vers Le centre et les emporta. La gauche française, dont la position, sur la Doire, était mieux appuyée, se défendit plus longtemps et avec une grande énergie; mais elle fut enfin obligée de plier à son tour. Le duc d'Orléans, atteint de deux blessures, quitta le champ de bataille. La retraite s’opéra en désordre par les trois ponts de la Stura, de la Doire et du Bas-P6. Trente escadrons de dragons, qui avaient mis pied à terre pour soutenir l'infanterie, furent coupés d'avec leurs chevaux, qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Saint-Frémont, commandant de l'aile gauche, rallia les troupes et emmena quarante-cinq canons de campagne ; mais toute l’artillerie de siége (cent quatre canons et quarante mortiers) fut abandonnée
par La Feuillade. On brüla ou l’on jeta à l’eau les munitions. La perte, cependant, ne dépassait pas quatre mille hommes et les vainqueurs en avaient bien perdu six mille. Le gros de l’armée était intact, ni les troupes qui étaient en amont de Turin, ni celles qui étaient sur les hauteurs de la rive droite, n'ayant combattu. Le duc d'Orléans eut l'excellente idée de se retirer par la rive droite du PÔ vers Alexandrie et le Milanais ; mais, sur la fausse nouvelle que les ennemis étaient maîtres de Moncaglieri et de Chieri et coupaient déjà cette route, les généraux le pressèrent de se replier au contraire sur Pignerol, où l’on enlèverait, disait-on, de grands magasins préparés par les ennemis, et où l’on recevrait des secours de France. Le prince, ne pouvant voir ni agir par luimême, céda, et l’on gagna Pignerol le lendemain de la bataille. Ce fut cette funeste résolution qui changea un échec en un véritable désastre. Orléans reçut, le 13 septembre, la réponse du roi à sa lettre du 31 août. Le roi l’autorisait, non point à attaquer l'ennemi, mais à lever le siége. C'était la meilleure satire du déplorable système stratégique de Versailles ! Le duc d'Orléans n'avait trouvé à Pignerol aucune sorte de magasins et, manquant de subsistances , il se vit réduit à répandre ses troupes dans les hautes vallées du Cluson et de la Petite-Doire, et jusque dans la Savoie et le Dauphiné. Toutes les communications étaient interrompues avec les garnisons du Piémont et de la Lombardie. Deux jours après le désastre de Turin, une action heureuse et brillante avait eu lieu entre la Chiese et le Mincio (9 septembre). Le prince de Hesse-Cassel, qui commandait le corps ennemi du Mincio, récemment renforcé d'Allemagne, avait été complétement défait à Castiglione par Médavi, commandant du corps français laissé dans ce pays par le duc d'Orléans. L’ennemi avait perdu quatre mille hommes et quatorze canons, et s’était dispersé, partie vers les montagnes, partie vers l’Adige. Médavi allait franchir le P6 et chasser les garnisons autrichiennes du Modenais, quand il apprit la catastrophe de Turin. Il n’eut plus qu’à tâcher de défendre le Milanais, de concert avec le gouverneur Vaudemont. Dès le 15 septembre, Eugène et Victor-Amédée passèrent la Grande- Doire et marchèrent sur Verceil, laissant derrière eux un détachement qui reprit CGhivasso le 17 et y fit douze cents prisonniers. Le