‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 257 sur 341 · LA CASTILLE RECOUVRÉE · texte numérisé non relu

LA CASTILLE RECOUVRÉE

lités natives. Quand on sut que les hérétiques et les Portugais commandaient dans l’Escurial, un long frémissement courut depuis les Asturies jusqu’au Guadalquivir. Le peuple de Tolède arrêta prisonniers les partisans de l’archiduc, qui avaient proclamé Charles IIT, et ferma ses portes aux ennemis. Valladolid et Ségovie se révoltèrent contre les garnisons qu’elles avaient subies et les prirent ou les exterminèrent. Les habitants de la Manche reçurent l'argent que leur envoyaient les généraux ennemis en échange de leurs blés, envoyèrent l'argent à Philippe V, gardèrent les blés et occupèrent les passages du Tage. Toutes les villes des deux Castilles assurèrent Philippe V de leur foi, lui fournirent toutes les ressources qu’elles purent, arrêtèrent les courriers, enlevèrent ou massacrèrent les détachements des ennemis. L’Andalousie leva seize mille hommes de milices. Le 28 juillet, Berwick, à la tête du petit corps d'armée ramené de la frontière portugaise, opéra sa jonction, près de Jadraque, sur le Henarez, avec les troupes françaises revenues du siége de Barcelone par le nord des Pyrénées. Il se reporta en avant. Les généraux ennemis Gallway et Las-Minas sentirent l’impossibilité de conserver, devant un adversaire à son tour supérieur en nombre, une capitale irritée qui eriait vive Philippe V! jusque sous leurs baïonnettes. Ils marchèrent sur Guadalajara et y joignirent, le 7 août, le prétendant Charles IIT, arrivé de Saragosse avec quelques milliers de soldats. Dès le 3 août, Madrid avait relevé l’étendard de Philippe V. Malgré le renfort amené par le prétendant, la position de l’armée alliée ne fut pas longtemps tenable : elle mouraït de faim au milieu d’un pays peu fertile et soulevé tout entier contre elle. Les Français, au contraire, ranimés par l’énergique assistance des populations organisées en guérillas, reprenaient l'offensive avec pleine confiance ; ils enlevèrent les bagages et les malades des ennemis dans Alcala et leur infligèrent échec sur échec. Au 1°" septembre, les ennemis, sur vingt-trois ou vingt-quatre mille hommes, en avaient déjà perdu plus de six mille, sans les déserteurs. Ils passèrent le Tage la nuit, sur des radeaux (8-9 septembre), et, poursuivis par Berwick, harcelés par les populations, ils gagnèrent yéniblement le royaume de Valence. Berwick, au lieu de les y suivre sur-le-champ, tourna vers Murcie, en fit lever le siége à

un corps anglais récemment débarqué et reprit Carthagène (octobre-novembre, récente conquête de la flotte anglo-batave, qui avait pris aussi Alicante (août-septembre) et soulevé les îles d’Ivica et de Majorque (août). Minorque avait suivi, en octobre, le mouvement des Baléares; mais le château de Mahon et le fort Saint-Philippe, ayant tenu pour Philippe V, furent secourus, au mois de janvier 1707, par l’escadre française de Toulon, qui reconquit le reste de Minorque. Un corps franco-castillan alla reprendre, en décembre, la principale place occupée par l'ennemi sur la frontière portugaise, Alcantara. Les états de Castille furent ainsi presque complètement délivrés avant la fin de l’année et l’armée franco-castillane se trouva en mesure d’attaquer à son tour les états aragonais !.

Les Anglais avaient projeté, durant cette grande lutte en Espagne, une expédition contre la Guïenne, leur escadre de la Manche avait embarqué un corps assez nombreux, composé en grande partie de réfugiés français, qu’elle devait jeter dans la Gironde, d’où l’on ferait couler les réfugiés vers le Querei et les Cévennes. Les vents firent échouer ce dessein. La marine française avait obtenu quelques succès aux Antilles. Les Français avaient ruiné les possessions anglaises de Saint-Christophe et de Nièves, sans chercher à s’y établir. La perte des Anglais y était évaluée à quinze millions. Les corsaires aussi continuaient à faire essuyer de grands dommages aux ennemis.

Il se produisait, d’une autre part, dans l’Europe orientale, des diversions favorables à la France. Les négociations entre l’'empereur et les Hongrois, qui avaient été jusqu’à la conclusion d’une trève, s'étaient rompues définitivement en juillet. L'empereur, après les succès des alliés en Espagne et en Brabant, avait rejeté toutes les demandes des Hongrois, qui l'en punirent en remportant sur ses troupes des avantages assez notables. Au mois de septembre, une autre guerre plus vaste, la guerre du Nord, fit irruption au cœur de l'Allemagne. Charles XII, vainqueur des Russes et des Saxons, poursuivit le roi Auguste en Saxe à travers les domaines impériaux de Silésie et le força de renoncer au

1. Mém. de Berwick, t. I, p. 829-372. — Quinci, t. V. p. 192-254.

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